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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/686

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XX.

Telle fut la vigueur de ton sobre génie,
Tel fut ton chaste amour pour l’âpre vérité,
Qu’au milieu des langueurs du parler d’Ausonie,
Tu dédaignas la rime et sa molle harmonie,
Pour ne laisser vibrer sur ton luth irrité
Que l’accent du malheur et de la liberté.


XXI.

Et pourtant il s’y mêle une douceur divine.
Hélas ! c’est ton amour, c’est la voix de Nérine,
Nérine aux yeux brillans qui te faisaient pâlir,
Celle que tu nommais ton éternel soupir.
Hélas ! sa maison peinte, au pied de la colline,
Resta déserte un jour, et tu la vis mourir ;


XXII.

Et tu mourus aussi. Seul, l’ame désolée,
Mais toujours calme et bon, sans te plaindre du sort,
Tu marchas quelque temps dans ta route isolée.
L’heure dernière vint, tant de fois appelée.
Tu la vis arriver sans crainte et sans remord,
Et tu goûtas enfin le charme de la mort.


Alfred de Musset.