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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/685

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XVI.

Certes, c’est une vieille et vilaine famille
Que celle des frelons et des imitateurs ;
Allumeurs de quinquets, qui voudraient être acteurs.
Aristophane en rit, Horace les étrille ;
Mais ce n’est rien auprès des versificateurs.
Le dernier des humains est celui qui cheville.


XVII.

Est-il, je le demande, un plus triste souci
Que celui d’un niais qui veut dire une chose
Et qui ne la dit pas, faute d’écrire en prose ?
J’ai fait de mauvais vers, c’est vrai, mais, Dieu merci,
Lorsque je les ai faits, je les voulais ainsi,
Et de Wailly ni Boiste, au moins, n’en sont la cause.


XVIII.

Non, je ne connais pas de métier plus honteux,
Plus sot, plus dégradant pour la pensée humaine
Que de se mettre ainsi la cervelle à la gêne,
Pour écrire trois mots quand il n’en faut que deux,
Traiter son propre cœur comme un chien qu’on enchaîne,
Et fausser jusqu’aux pleurs que l’on a dans les yeux.


XIX.

Ô toi qu’appelle encor ta patrie abaissée,
Dans ta tombe précoce à peine refroidi,
Sombre amant de la Mort, pauvre Léopardi[1],
Si, pour faire une phrase un peu mieux cadencée,
Il t’eût jamais fallu toucher à ta pensée,
Qu’aurait-il répondu, ton cœur simple et hardi ?

  1. L’un des poètes les plus remarquables de l’Italie moderne, mort en 1837.