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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/684

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XII.

Celui qui ne voit pas, dans l’aurore empourprée,
Flotter, les bras ouverts, une ombre idolâtrée ;
Celui qui ne sent pas, quand tout est endormi,
Quelque chose qui l’aime errer autour de lui ;
Celui qui n’entend pas une voix éplorée
Murmurer dans la source, et l’appeler ami ;


XIII.

Celui qui n’a pas l’ame à tout jamais aimante,
Qui n’a pas pour tout bien, pour unique bonheur,
De venir lentement poser son front rêveur
Sur un front jeune et frais, à la tresse odorante,
Et de sentir ainsi d’une tête charmante
La vie et la beauté descendre dans son cœur ;


XIV.

Celui qui ne sait pas, durant les nuits brûlantes
Qui font pâlir d’amour l’étoile de Vénus,
Se lever en sursaut, sans raison, les pieds nus,
Marcher, prier, pleurer des larmes ruisselantes,
Et devant l’infini joindre des mains tremblantes,
Le cœur plein de pitié pour des maux inconnus ;


XV.

Que celui-là rature et barbouille à son aise.
Il peut, tant qu’il voudra, rimer à tour de bras,
Ravauder l’oripeau qu’on appelle antithèse,
Et s’en aller ainsi jusqu’au Père-Lachaise,
Traînant à ses talons tous les sots d’ici-bas ;
Grand homme, si l’on veut, mais poète, non pas.