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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/642

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attendu, moitié joyeux et moitié tristes de dire adieu à ces heures d’une liberté douloureuse ! » - « On ne sait pas assez, ajoute-t-il, combien les hommes se montrent barbares, quand ils sont à la fois esclaves et maîtres ; sous-tyrannie où la bassesse se mêle à la férocité, cruautés de petits Néron !… » Et il les raconte avec ce mélange adorable de mélancolie piquante, d’amertume qui pardonne et de grâce joyeuse, admirables dons, moins de son talent que de son ame. Les traits les plus comiques sillonnent ce récit charmant et triste ; il faudrait tout citer, par exemple le portrait de ce maître violent qui avait deux perruques, la perruque colère et la perruque des bons jours. « Celle-ci était sereine, poudrée à neuf, de bon augure et souriante ; quand elle paraissait, une longue traînée de sourires courait sur toutes nos bouches d’écoliers, et nous fermions bruyamment nos livres, en regardant fixement cette heureuse perruque. L’autre, mal peignée, terrible, rouge, jaune, défaite, nous parlait de fréquentes et sanglantes exécutions ; jamais comète n’a prédit plus juste : le bonhomme avait la main lourde. » -C’est de ce bonhomme que Lamb dit si plaisamment : « Il mourut, et très dévotement. Si de petits anges l’emportèrent au ciel, comme c’est la coutume, je souhaite qu’ils n’aient eu que des ailes et des têtes, mais pas …… ; sans quoi, certainement le professeur L…. leur aurait donné le fouet. » A côté de ces saillies si drôles, vous trouvez exprimés, avec une simplicité qui en cache la profondeur, d’admirables résultats de philosophie pratique sur les caractères dans l’enfance, leur développement, leur diversité, sur l’adolescence et l’éducation du pauvre, sur la cruauté et l’imprévoyance sociale à cet égard. Il n’en a pas gardé rancune.

Je ne reviens point sans plaisir, dit-il quelque part, à ces premiers jours pauvres de ma vie, qui n’a jamais été riche, à ce printemps désert de ma jeunesse, quand l’espérance faisait marcher devant moi sa colonne de flamme. Hélas ! l’âge mûr n’a plus devant lui pour le guider que la colonne de fumée !

Ceux qui l’ont le plus rudement éprouvé, ce furent les éditeurs. Malheureusement Lamb n’avait pas rencontré comme Godwin un de ces commerçans qui ne se contentent pas d’être matériellement probes, mais qui ont l’ame élevée. Ce n’est pas un fait nouveau dans l’histoire littéraire que la sympathie, je ne dis point généreuse, mais noble et naturelle, entre ceux qui fournissent au génie ses moyens de communication avec le public, et le génie lui-même ; et les Manuce, et les Alde, et les Étienne, et en Angleterre les éditeurs de Godwin, de