Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/64

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Paul. Du reste, il avait décidé de voir les jeunes gens ensemble et de les observer. À l’air soucieux qu’il gardait malgré lui, Cornélie soupçonna les pensées qui l’agitaient. À chaque instant, elle frissonnait de peur d’une question ; elle était, du reste, résolue à tout avouer.


XIV.


Une fois hors du jardin, Paul courut quelque temps, puis il s’arrêta devant un taillis. En un instant, il pensa qu’il avait été reconnu, que Cornélie était perdue, déshonorée, qu’il fallait la sauver. Un moyen se présenta à son imagination ; il le saisit sans perdre de temps à l’examiner. Un cheval était attaché à un piquet, selon l’usage des campagnes, où, dans les temps chauds, on fait passer aux bestiaux la nuit dehors. Il le détacha, monta dessus, cueillit une forte branche de coudrier, et le fit partir au galop vers la ville. La branche de coudrier communiquait à l’animal une partie de l’ardeur et de l’empressement du cavalier ; d’ailleurs, il avait retrouvé de la vigueur dans les pâturages.

Arrivé à la porte de la ville, Paul descendit, tourna la tête du cheval du côté opposé, lui donna un coup de baguette en disant : J’espère qu’il va retourner chez lui. Le cheval s’en alla en effet au petit trot, en suivant le chemin qui devait le conduire où Paul l’avait pris. Pour Seeburg, il ne s’amusa pas à le regarder. Il s’avança rapidement dans la ville, et, voyant une fenêtre encore éclairée, il prit un caillou et le jeta dans une vitre qu’il brisa en éclats.

On cria de la chambre : Eh bien ! qu’est-ce que c’est que cela ?

Une seconde pierre, qui cassa une seconde vitre, fut la seule réponse.

— Attendez, je vais descendre avec une trique.

— Descendez, répondit Seeburg.

— Ça ne sera pas long, répondit la voix.

Mais à ce moment un homme de la police passait par cette rue ; il mit la main sur le collet de Paul, et, quand l’habitant de la chambre attaquée descendit avec un formidable gourdin, il trouva son agresseur en conversation avec l’agent de la force publique.

— Qu’est-ce que vous faites là ? disait l’agent.

— Comme vous voyez, je casse des vitres.

— Ah ! ah ! Et pourquoi cassez-vous des vitres ?

— Menez-moi chez le commissaire.