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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/571

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du clergé. En 1825, on avait le consentement d’O’Connell, et encore le succès n’était-il pas assuré ? Aujourd’hui O’Connell dénoncerait de toutes les tribunes les prêtres coupables qui, pour un peu d’or, vendraient leur Dieu et leur pays, et ceux de ces prêtres qui se laisseraient gagner resteraient bientôt sans considération et sans autorité. Pour qu’une telle mesure s’accomplisse, il faut que le parti populaire la propose ou l’accepte. La tenter contre ce parti, ce serait la perdre pour cinquante ans au lieu de la gagner. Quant à des mesures qui, procédant en sens inverse, feraient descendre le clergé protestant à la pauvreté du clergé catholique, elles sont, bien entendu, hors de cause sous un ministère tory. Ce n’est certes pas non plus sous un tel ministère que sera modifié l’état de la propriété. Dès lors il est impossible de deviner comment le cabinet Peel gagnerait le cœur de l’Irlande. D’une part aucun changement dans la législation, de l’autre une administration modérée, si l’on veut, bienveillante dans ses chefs, mais nécessairement partiale et pleine de préjugés dans les trois quarts de ses agens : voilà tout ce que le cabinet Peel peut offrir à l’Irlande, à cette Irlande qui souffre et qui se plaint depuis si long-temps. Si cela lui suffit ; on s’est bien trompé sur son compte, et lord Stanley peut abandonner, eu toute sûreté de conscience, le bill qu’il avait préparé pour diminuer le nombre de ses électeurs.

Dernièrement, au reste, une tentative assez sérieuse a été faite par M. Sturge de Birmingham, un des chefs modérés du chartisme, pour associer la cause de l’Irlande â celle du radicalisme anglais. A cet effet, il a publié une adresse dans laquelle l’appui de l’Irlande est invoqué « contre l’aristocratie égoïste et l’église servile (selfish aristocracy and rampant church) auxquelles l’Angleterre doit tous ses maux. » C’est là un langage qui doit être entendu sur la terre désolée depuis si long-temps par une aristocratie et par une église antinationales. Peu de jours après, O’Connell prononçait un discours et publiait une lettre où, après les phrases ordinaires « sur la verte Érin, ce pays des belles rivières ; des majestueuses montagnes et des fougueux torrens, » il résumait ses demandes en faveur de l’Irlande dans les lignes suivantes : « Voici ce que signifie le cri de justice pour l’Irlande, d’abord l’extinction totale de la rente foncière qui sert à acquitter les dîmes ; secondement, la protection de l’industrie irlandaise et le développement des manufactures irlandaises ; troisièmement, la fixité dans le fermage, manière à encourager l’agriculture et à assurer au fermier un juste profit pour