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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/57

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M. Morsy. — Mais pourquoi ne lui fait-on pas épouser le jeune homme ?

Mme Morsy. — C’est un pauvre diable qui n’a rien, pas même une position, pas même un état.

M. Morsy. — N’importe ! Est-ce un honnête homme ?

Mme Morsy. — On ne dit rien contre lui sous ce rapport.

M. Morsy. — Certes, je ne donnerais pas volontairement ma fille à un homme qui n’aurait pas une fortune au moins égale à la sienne : Cornélie a été élevée dans l’abondance, et a d’ailleurs un goût naturel pour le luxe ; mais, s’il nous arrivait un pareil malheur, le jeune homme l’épouserait.

Mme Morsy. — Mais… mon ami…

M. Morsy. — Et s’il refusait, j’enverrais mon fils se battre avec lui, et, si mon fils était tué, je me battrais à mon tour. Quand je devrais ne jamais revoir ni mon gendre ni ma fille, je préférerais ce chagrin au désespoir que me donnerait le déshonneur de Cornélie. Je ne comprends pas les Cotel ; il n’y a pas, selon moi, à hésiter.

Mme Morsy. — Les Cotel sont nobles et s’appellent Cotel de Germency ; le jeune homme est fils d’un paysan.

M. Morsy. — N’importe ! D’abord un homme sage qui a des filles ne doit pas recevoir chez lui d’homme tout-à-fait impossible.

Mme Morsy. — Tout cela est bien facile à dire. Toi, par exemple, n’as-tu pas admis ici, comme s’il était de la famille, ce petit Paul Seeburg ?

M. Morsy. — C’est bien différent.

Mme Morsy. — Cela me paraît, au contraire, être tout-à-fait la même chose.

M. Morsy. — Ah bien ! celui-là, il n’y a pas de danger qu’il se laisse aller à des audaces dangereuses ; je n’ai jamais vu de fille aussi timide. Je ne l’ai jamais vu parler à une femme, à toi-même, sans que ses oreilles devinssent rouges comme l’écarlate.

Mme Morsy. — D’autre part, il faut dire que Cornélie est, sous le rapport de l’amour, aussi niaise et aussi sotte qu’une enfant de trois ans.

Cornélie, qui avait parfaitement compris pourquoi sa mère avait aussi subitement besoin d’un dé dont elle ne se servait jamais, avait eu soin de rester derrière la porte à écouter ce qu’on tenait tant à lui cacher. Elle rentra alors et dit qu’elle n’avait pas trouvé le dé.

Ce qu’elle avait entendu occupait singulièrement son imagination. Il était évident que son père et sa mère étaient d’accord sur ce point,