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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/567

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Le gouvernement irlandais pourtant, à la même époque, fit au parti orangiste une grande concession. Parmi les améliorations apportées depuis quelques années dans l’administration irlandaise, figure en première ligne la création de magistrats qui, nommés et payés par l’état, viennent en aide aux juges de paix gratuits et les suppléent souvent. Tous ceux qui connaissent bien l’état de l’Irlande savent que c’est là le seul moyen de soustraire la majorité à la tyrannie de la minorité, et d’établir dans ce malheureux pays quelque chose qui ressemble à la justice et à l’impartialité. Une telle institution demandait donc à être étendue et développée. Le gouvernement irlandais la restreignit au contraire, et dix de ces magistrats stipendiés (stipendiary magistrates) furent soudainement renvoyés. Mais il fallait plus que cela au parti orangiste, et tant qu’on lui refusait le plaisir d’insulter, d’opprimer, d’écraser les catholiques, il ne pouvait se tenir pour content.

Pendant que ces choses se passaient d’un côté, que se passait-il de l’autre ? Le voici. Au moment même de la chute du ministère whig, O’Connell avait hautement déclaré qu’il ne se contenterait plus à l’avenir de demi-réformes, et qu’il n’appuierait désormais les whigs que si les whigs se faisaient radicaux. Puis, déployant la bannière du rappel, il avait appelé autour de cette bannière, non-seulement les Irlandais, mais les Américains, avec lesquels il s’était mis en correspondance, et dont il lisait chaque semaine des lettres d’encouragement accompagnées de souscriptions en argent. « Les Anglais, alla-t-il un jour jusqu’à dire, sont bien fiers parce que leurs bateaux à vapeur peuvent amener des troupes en Irlande en dix heures. Ignorent-ils qu’en dix jours les Américains peuvent nous envoyer du secours ? » On peut juger par cette apostrophe du langage de M. Steele, qu’O’Connell, dans chaque séance, était obligé mie rappeler à la légalité et à la modération.

En même temps, lord Morpeth étant venu à Dublin, un grand banquet, présidé par lord Clanricarde, lui était donné par toutes les nuances du parti libéral, et dans ce’ banquet le ministère tory, bien qu’avec plus de mesure, se trouvait encore attaqué. Toutes les séances de l’association enfin, tous les meetings retentissaient des injures adressées par O’Connell et ses amis, tantôt à lord de Grey, tantôt même à lord Elliott, dont la conduite était signalée comme un modèle d’hypocrisie et de fausseté. Ainsi, dans les deux camps, le gouvernement avait fort à faire, et rencontrait des ennemis acharnés. On voyait, presque au même moment, les corporations