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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/560

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grace à l’abaissement des droits, ils achèteront à meilleur marché, aux autres qu’ils ne vendront pas moins cher. Ce ne sont point non plus les raisonnemens subtils par lesquels on s’efforce de concilier le système décrépit de la balance du commerce et le système encore enfant de la liberté des échanges. C’est la proclamation hardie, sans réserve, de cette grande vérité, qu’on ne peut acheter sans vendre, vendre sans acheter, et que, par conséquent, les peuples perdent au lieu de gagner quand, par les barrières dont ils s’entourent, ils accroissent les difficultés de la production et rendent le travail moins fructueux. C’est de plus un démenti formel jeté à ceux qui prétendent que la liberté des échanges fût-elle bonne, une nation ne peut y consentir qu’autant que les autres nations y consentent en même temps. « Si les autres nations ne veulent pas nous suivre dans la voie que nous ouvrons, s’écrie sir Robert Peel, tant pis pour elles ; le contrebandier est là pour rétablir l’équilibre. Mais ce n’est pas une raison pour que l’Angleterre s’arrête. L’Angleterre entend acheter à bon marché tout ce dont elle a besoin. Si d’autres préfèrent acheter chèrement, à eux permis. »

Il ne m’est pas plus possible d’analyser dans tous ses détails le tarif nouveau que le bill d’income tax ; en voici seulement les dispositions principales. En vertu de ce tarif, tous les droits prohibitifs sont supprimés, et réduits, sauf un très petit nombre d’exceptions, à un taux qui n’excède pas 5 pour 100 pour les matières premières, et 20 pour 100 pour les produits manufacturés. Le bétail vivant, aujourd’hui prohibé, est admis au droit de 1 liv. par tête, la viande fraîche au prix de 8 sh. par quintal (50 kil. et demi). Le lard doit payer également par quintal 2 sh. au lieu de 8, le bœuf salé 8 au lieu de 12, le jambon 14 au lieu de 28, le houblon, 4liv. 10 sh. au lieu de 8liv. 11 sh, Les graines sont réduites, selon leur espèce, de 1 liv. à 5 sh. le quintal, de 1 sh. à 1 d. le quarter, le riz de 1 liv. à 7 sh. Sur douze cents articles, en un mot, dont se compose le tarif, sept cent cinquante sont profondément modifiés. C’est une véritable révolution commerciale dont personne, il y a dix ans, ne pouvait avoir l’idée.

Il y a pourtant, il faut le reconnaître avec les whigs et les radicaux, un grave reproche à adresser au tarif de sir Robert Peel. Comment, après avoir proclamé des principes si libéraux, refuser d’en faire l’application pleine et entière aux objets principaux de consommation, aux céréales, au sucre, au bois de construction ? Pour le bois de construction, le tarif réduit bien à 1 sh. par charge le droit sur le bois du Canada, qui payait auparavant 10 sh., mais c’est une remise