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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/56

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XIII.


Le premier pas fait en amena un second ; Paul écrivit et donna sa lettre. Cornélie ne répondit qu’à la troisième. Ils échangèrent le serment de vivre l’un pour l’autre. Cornélie assura son amant qu’elle saurait résister à toutes les obsessions de sa famille, qu’elle ne serait jamais qu’à lui, qu’elle se garderait pour lui !

Ce fut tout ; on en resta là. Paul trouvait moyen de toucher une fois de temps à autre le bout des doigts de Cornélie, de lui glisser une lettre et de recevoir sa réponse. Il passait une partie de la nuit et toute la journée du lendemain à relire cent fois cette lettre, à rechercher dans son cœur le son de la voix de Mlle Morsy pour relire à lui-même avec cette voix les mots qu’elle avait tracés.

Le reste des choses de la vie avait perdu tout intérêt à ses yeux. Un soir, au théâtre, il passa trois mesures malgré les signes menaçans du chef d’orchestre. Dans l’entr’acte, celui-ci lui fit d’amers reproches :

— Monsieur Seeburg, vous avez passé quatre mesures.

— Qu’est-ce que cela fait ? répondit froidement Seeburg.

Le chef d’orchestre crut qu’il devenait fou.

Un soir qu’il n’y avait pas d’étrangers, comme, après dîner, on parlait de choses et d’autres. Mme Morsy dit :

— Il est arrivé un grand malheur à ces pauvres Cotel.

— Qu’est-ce ? demanda M. Morsy.

Mme Morsy. — Tu sais, leur sœur, celle qu’on appelle Agathe ?

M. Morsy. — Celle qui n’est pas mariée ?

Mme Morsy. — Et qui probablement ne le sera jamais.

M. Morsy. — Pourquoi ?

Mme Morsy. — À cause du malheur dont je te parle.

M. Morsy. — Quel malheur ?

Mme Morsy. — Cornélie, va donc me chercher mon dé d’or dans ma boîte à ouvrage.

Cornélie sortit.

Mme Morsy. — Eh bien ! un jeune homme a été surpris par le père Cotel, sortant la nuit de la chambre d’Agathe.

M. Morsy. — Diable !

Mme Morsy. — Quel malheur ! Une fille assez jolie, avec de la fortune. C’est une existence perdue.