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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/525

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en s’associant franchement au mouvement industriel de notre époque, ne perde pas de vue nos intérêts moraux, et en particulier tout ce qui se rattache à l’instruction publique. D’ailleurs c’est là une question qui se lie intimement à la question industrielle. Les uns, dominés par l’esprit du temps, feraient bon marché de l’instruction classique et de l’enseignement des sciences morales ; les autres, ne vivant que de souvenirs, ne voudraient rien accorder aux besoins de l’époque, comme si le monde aujourd’hui encore ne demandait aux écoles que des théologiens, des légistes, des philologues et des hommes de lettres. Il y a là un problème qui n’est pas résolu et qui est difficile à résoudre. Il se complique de la question de l’enseignement réglementaire ou libre, question qui elle-même se complique d’autres questions aussi graves que délicates. Espérons que le gouvernement ne tardera pas à nous faire connaître le résultat de son expérience et de ses méditations. M. Villemain en a sans doute le désir. Nous croyons qu’il a toute raison de le désirer, et nous aimons à croire que le cabinet sera heureux de s’associer à ses vues.

L’état des revenus publics prouve que les prévisions de M. le ministre des finances, lors des dernières discussions, étaient fondées. Si, comme tout porte à le croire, la paix générale et la paix publique ne sont pas troublées, ces prévisions se réaliseront de plus en plus les années suivantes. Les finances de la France, malgré nos énormes dépenses, sont dans un état prospère : il n’y a pas une grande nation qui ne puisse nous les envier. Quelles ressources, quelle élasticité dans ce pays auquel on a imposé tant de sacrifices injustes, insensés, inopportuns, et qui cependant, grace à quelques années de paix, se relève riche, puissant, avec le crédit le mieux établi et les finances les mieux réglées de l’Europe ! Certes ce n’est pas là une raison de nous enivrer et de ne tenir aucun compte des chances que l’avenir recèle toujours dans son sein. Une nation, quelque grande, quelque forte, quelque influente qu’elle puisse être, n’est jamais entièrement maîtresse de ses résolutions et de ses mouvemens. Son intérêt et sa dignité lui interdisent tout isolement absolu. Sans engagemens, sans alliances, sans traité, on peut un jour se trouver dans la nécessité d’opter entre l’abaissement et une détermination énergique et coûteuse. Des finances prospères, des revenus libres, un crédit assuré, sont un moyen de prévenir ’de fâcheuses perplexités et d’allier dans les choses de l’état l’énergie à la prudence. Il est désirer que les chambres ne nous engagent pas de si tôt dans de nouvelles dépenses. Les fortifications de Paris, le redressement des rivières, l’achèvement des canaux, l’amélioration des ports, les monumens publics, les chemins de fer et tant d’autres dépenses extraordinaires déjà accomplies ou décrétées, nous permettent certes une halte honorable, un intervalle pour respirer et pour achever et régler ce qui est en cours d’exécution. D’ailleurs il ne faut pas multiplier les entreprises au point que, les capitaux réels et les hommes habiles venant à manquer, on soit obligé d’imprimer au pays ce mouvement factice, cette vie artificielle qui a été si funeste à plus d’un état. Ce que nous voudrions, c’est que l’admi-