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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/517

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c’est celui de nos usines, car il n’est aucun élément, qui, en forge, soit bien réellement en faveur de la Belgique, excepté celui de la main-d’œuvre ; c’est celui de 290 fr. à 300 fr. par tonne.

« Cependant les rails français se vendent à pied d’œuvre, pour le chemin de Rouen, 385 fr. Le prix de transport et un bénéfice utile, très utile en ce moment pour cette industrie, sont la cause de cette différence. C’est ce bénéfice qui a engagé les usines du Creuzot, de Decazeville, d’Alais, de Terre Noire, d’Hayarge à construire cette année des appareils au moyen desquels leur fabrication peut être double l’année prochaine et leurs frais généraux diminués de moitié. »

Depuis que M. Flachat a écrit ces lignes (11 octobre 1842), on connaît le marché contracté par l’usine d’Alais avec l’état, pour la fourniture des rails qui sont destinés au chemin de Nîmes à Montpellier. Le prix est de 320 fr. par tonne rendue sur les lieux. Decazeville avait soumissionné à 347 fr. 49 c. et le Creuzot à 340 fr. La différence entre ces soumissions représente uniquement celle des transports. Alais n’est qu’à une faible distance de Nîmes, et, communiquant avec cette ville par un chemin de fer, peut y amener ses produits à très peu de frais. Le prix de 320 fr. à pied d’œuvre représente 300 fr. en forge. A ne prendre que cet exemple, on voit que le prix normal des rails serait le même en France et en Belgique. Decazeville en fournit une autre preuve. Avec 70 à 80 fr. par tonne de frais de transport, ses rails se vendent à Paris 380 à 385 fr. ; c’est donc encore le prix de 300 fr. en forge. On n’irait pas trop loin en supposant que le prix de revient reste de 5 ou 6 fr. au-dessous.

M. Flachat reconnaît que les forges belges ne se trouvent pas dans de meilleures conditions que les forges françaises pour produire le fer à bon marché. En effet, nous avons la houille et le minerai en abondance, le bois n’est pas moins rare ni moins cher de l’autre côté de la frontière, nos procédés de fabrication sont à peu de chose près aussi avancés, enfin les ouvriers belges ne sont pas plus expérimentés que les nôtres, et ils ne coûtent pas meilleur marché.

« Les ouvriers belges, dit M. Briavoine, sont, il est vrai, moins chers que les ouvriers anglais, mais ils sont plus nombreux ; se nourrissant beaucoup plus mal, ils produisent moins et résistent moins au feu. Il y a inégalité de savoir industriel… Un point très important pour la forgerie anglaise, c’est la réunion dans la même localité du minerai de fer et de la houille. En Belgique, quelques établissemens sont placés à proximité des mines de fer ; d’autres très près de la houille ; mais il n’en est aucun qui, plus ou moins, n’ait à payer des frais de transport, soit pour le minerai, soit pour le combustible.

Parmi nos grands établissemens métallurgiques, le Creuzot, Denain et Terre-Noire, sont situés sur les mines de houille même, mais dans des conditions défavorables pour le minerai. Les forges de la Champagne et du Berri, établies à proximité du minerai, sont plus éloignées de la houille.