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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/496

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des droits minimes. Par ce moyen, la France, dans un moment de crise, peut nous inonder de ses produits. » Ce dire est confirmé par M. Lelièvre, à Liége : « La cristallerie se plaint de la part que prend la France dans la consommation intérieure du pays. » Enfin, sur la difficulté des fers voici l’opinion de M. Dupont, maître de forges à Charleroy : « La France n’est nullement tributaire de la Belgique pour les fers, et, au lieu d’y trouver la vente de nos produits, ce pays pourra plus tard nous faire concurrence. »

On le voit, les objections sont réciproques, et les industriels belges craignent les français, autant que les français les belges. Ceux-ci supposent pareillement que l’industrie en France possède des établissemens organisés sur une grande échelle, qu’elle dispose d’immenses capitaux, et qu’elle peut, au besoin, écraser toute concurrence, en portant sur le marché de la Belgique des produits qu’elle écoule à vil prix. Certes, il n’en est point ainsi. Ni l’une ni l’autre industrie n’ont cette puissance de production sans limites ; elles s’exagèrent également leur propre faiblesse et la force de leurs concurrens. Ce sont des monstres de l’imagination que le contact de la réalité doit promptement dissiper.

Sans doute, dans l’infinie variété des produits de l’activité humaine, il en est que la Belgique peut livrer à meilleur marché et qu’elle achève mieux ; mais la France a le même avantage pour un grand nombre d’industries, et il lui restera. L’union commerciale serait un leurre s’il ne devait pas résulter de ce rapprochement entre deux peuples laborieux un plus grand essor imprimé à la concurrence, et un abaissement réel des prix dans les objets destinés à la consommation. Seulement nous croyons que cela s’effectuera sans perturbation ni déplacement du travail.

De toutes les nations qui doivent, associer un jour leurs forces de production à celles de la France, la Belgique est peut-être celle qu’une moindre distance sépare de nous, et dont la rencontre avec nous produira le moindre choc. Quoi que l’on puisse dire, les conditions du travail sont à peu de chose près les mêmes dans les deux pays, et les salaires se nivelleront tout-à-fait lorsque, les denrées circulant librement d’une ville à l’autre, le pain, la viande, les boissons, les vêtemens, ne coûteront pas plus cher à Lille, à Valenciennes et à Sédan qu’à Courtray, à Gand, à Liége et à Namur. Il y a déjà une différence très peu sensible dans le prix de la main-d’œuvre ; M. Cunin-Gridaine évalue à 1 franc 75 centimes par jour le salaire des ouvriers à Sédan ; et M. Bioley, de 1 franc 50 centimes à 2 francs 15 centimes le salaire quotidien des ouvriers à Verviers. Ajoutons que les industries belges ne sont pas positivement similaires des industries françaises. Dans les tissus, la France et la Belgique produisent des qualités différentes qui ne s’adressent pas aux mêmes classes de consommateurs. Les houilles, que nous recevons des environs de Mons, sont autres que celles que nous fournissons aux industries belges dans le rayon de Tournay. Si la Belgique a l’avantage pour le fer à la houille, nous l’emportons pour le fer en bois. Nos soieries, nos articles de mode et de goût y trouvent des débouchés qu’aucune rivalité ne leur dispute.