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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/495

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à l’exception peut-être des établissemens métallurgiques, donne, en présence de notre rivalité, les mêmes signes d’effroi. De part et d’autre, ces craintes sont exagérées sans aucun doute ; le fait seul de leur coexistence des deux côtés de la frontière doit rassurer les esprits. Nos manufacturiers prétendent que la Belgique a sur eux l’avantage d’une fabrication plus avancée et établie sur de plus larges bases, de l’économie dans la main-d’œuvre, d’un crédit plus facile et plus régulier. Les industriels belges, ceux du moins qui ont été entendus dans l’enquête parlementaire de 1840, ont indiqué précisément des raisons semblables de l’infériorité de leurs produits comparés à ceux de notre industrie.

« Nous sommes restés énormément en arrière, dit le président de la chambre de commerce de Tournay ; nous n’avons que cinq ou six métiers à la Jacquart, tandis qu’il y en a cinq mille à Roubaix. Les Français ont sur nous plusieurs avantages : d’abord ils peuvent fabriquer de grandes quantités, ensuite nous nous sommes laissé devancer par eux. » « La France, dit un fabricant de tissus de laine à Liège, M. Pastor, livre des marchandises plus fines et nous fait une concurrence redoutable. » « Il sera impossible, ajoute un autre industriel de la même ville, M. Capitaine, de lutter contre la France tant qu’elle aura le privilège exclusif de faire la mode. » « Nous avons la certitude, dit un fabricant de draps de Verviers, qu’il se fraude beaucoup d’étoffes de France pour pantalons. » Pour prouver que le salaire n’est pas à très bas prix, le même industriel, M. Clavareau, ajoute : « Nous ne pouvons pas tirer nos grains de l’intérieur. Le pain coûte 72 centimes quand il devrait en coûter 60. » « Ce qui nous fait le plus grand tort, dit un fabricant de tapis à Tournay, c’est que des maisons françaises viennent vendre ici à tout prix. » Veut-on voir les impressions de l’industrie linière ? « Nous ne vendons pas hors du pays, dit un filateur de lin, M. Tonnelier, et la France vend chez nous, ses fils n’étant frappés que d’un droit de 6 pour 100. » « La France a filé à la mécanique avant nous, » ajoute M. Bouclier. Si la France nous était ouverte aujourd’hui pour l’introduction de nos toiles blanches, dit M. Van-Lede, de Louvain, nous ne serions pas en état de lutter avec les Français sous le rapport du blanc. » Passons aux tissus de coton. Voici le dire de M. Desler, fabricant à Courtray : « Nous pouvons lutter avec tous les fabricans étrangers pour les toiles ; mais pour les indiennes, les produits anglais et français nous font une concurrence que nous ne pouvons pas soutenir. » « Pour l’apprêt il y a beaucoup à faire, dit le président de la chambre de commerce de Tournay. Que nous ne soyons pas au niveau de la France, cela se conçoit : en France, les fabriques sont si importantes, que, pour la teinture, l’apprêt, l’emballage, il y a des établissemens distincts. Ici, nous sommes obligés d’être à la fois fabricans, teinturiers, apprêteurs et emballeurs. » « Nous voudrions des droits sur les faïences et porcelaines françaises, dit M. Peterinck, à Tournay. « Nous ne craignons que les papiers français, » dit M. Vielvoy, à Namur. Voici une réclamation de M. Routard à Charleroy : « Notre législation permet l’entrée des produits des verreries étrangères à