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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/494

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pandu ni, moins salutaire ; on impose les boissons, qui sont une partie des alimens, et par conséquent des forces de l’homme, et l’on n’imposerait pas le tabac ! L’immunité dont jouit cette industrie en Belgique est un privilège et une injustice ; et, si l’on ne peut pas la réparer autrement que par le monopole, le monopole lui-même sera un bienfait.

Sans doute il vaudrait mieux, il serait plus conforme au principe d’un gouvernement libre que l’état ne se fit pas l’entrepreneur exclusif de telle ou telle industrie ; mais les nécessités publiques étant données, et dans les conditions d’un système financier qui porte encore, à certains égards, l’empreinte du passé, si quelque monopole doit subsister en face du travail libre qui envahit l’activité humaine dans toutes ses directions, le monopole du tabac est de beaucoup le plus inoffensif pour la société.

Ce qui doit affaiblir le regret avec lequel les Belges renonceront à la libre fabrication des tabacs, c’est l’infériorité de leurs produits. Dans son livre sur l’Industrie en Belgique, M. Briavoine ne l’a point dissimulée. « La Belgique, dit-il, est moins avancée que la Hollande pour le tabac à fumer, moins avancée que la France pour le tabac à priser, moins avancée que Hambourg et les États-Unis pour l’imitation des cigares de la Havane. On se ressent encore aujourd’hui de l’interruption que la régie impériale vint mettre, il y a une trentaine d’années, dans le développement des connaissances particulières que cette fabrication exige. » Ainsi, de l’aveu d’un homme parfaitement compétent, l’industrie belge, sous ce rapport, est encore grossière, inexpérimentée et malhabile. En y substituant une régie franco-belge, on la remplacera par une industrie plus avancée. Il y aura bénéfice sur la qualité. Quant à l’augmentation du prix, elle paraîtra moins sensible, répartie sur les petites quantités qui concourent quotidiennement à former la masse consommée. Nous croyons donc qu’en ce qui touche le peuple belge, la transition d’un régime à l’autre s’opérera sans trouble, et que- le mécontentement, s’il se manifeste, ne sera que passager. Mais il faudra s’attendre à livrer de rudes batailles à la contrebande, qui va se déplacer et qui trouvera sur la frontière hollandaise les plus grandes facilités. Ce sera aux deux gouvernemens à concerter entre eux des mesures efficaces, qui, sans gêner outre mesure les habitans placés dans le rayon des frontières, protègent cependant le revenu public.


III.

En Belgique, les obstacles que rencontre l’union commerciale sont principalement de l’ordre politique. En France, au contraire, la résistance vient uniquement des intérêts matériels. Cette résistance est puissante, quelques-uns la considèrent comme invincible ; nous ne cachons pas qu’elle s’est élevée aux proportions d’une question politique et qu’elle s’impose aujourd’hui à la discussion.

L’industrie française redoute la concurrence de l’industrie belge ; celle-ci,