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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/489

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à déterminer la part d’action que chaque état doit mettre en commun et celle qu’il doit se réserver. Tant que la France et la Belgique, qui prennent l’initiative de l’association, la formeront seules, il convient que les deux puissances stipulent sur le pied d’une parfaite égalité. A côté de chaque concession que l’on se fera, doit se trouver une garantie. C’est au gouvernement belge à nous donner sécurité pour la perception des revenus ; c’est au gouvernement français à désintéresser pleinement l’indépendance de la Belgique, dans les mesures qui lui paraîtront nécessaires pour la bonne gestion des intérêts communs.

Il ne faut rien dissimuler, l’union commerciale aura des conséquences politiques : il doit en résulter, à la forme près, une alliance indissoluble entre les deux pays ; mais cela même répond aux craintes dont la presse belge semble préoccupée. L’union nous désintéresse de la réunion. Lorsque les douanes seront supprimées, qu’il n’y aura plus de frontière commerciale, que les Français elles Belges pourront circuler des Pyrénées aux bouches de l’Escaut, en rencontrant partout les mêmes lois, la même administration, les mêmes formes d’impôt ; lorsque les intérêts industriels et commerciaux formeront un fonds commun de travail et de richesse ; lorsque les deux pays auront les mêmes alliances, les mêmes sources d’approvisionnement et les mêmes débouchés ; lorsque la presse des deux peuples aura le même horizon, que nous importera que la Belgique soit un royaume on une province, et que le drapeau brabançon flotte à Bruxelles, tandis que le drapeau tricolore continuera de flotter à Paris ? Ce qui fait la solidarité des peuples, ce n est pas tant de porter le même nom, que de se mouvoir dans la même sphère et de marcher au même but. Il vaut encore mieux s’assimiler un pays que le conquérir. Que les Belges entrent donc dans l’association sans arrière-pensée, et la France fera de même. L’indépendance de l’une et de l’autre nation restera pleine et entière ; sur tout le reste, on peut laisser aux évènemens le soin de prononcer.

L’union commerciale rencontre, du côté de la Belgique, des obstacles secondaires, qui demandent à être examinés. La France et la Belgique ne suivent pas le même système dans l’assiette de leurs impôts indirects. L’accise belge comprend des taxes qui figurent dans nos contributions an chapitre des contributions indirectes et à celui des douanes : les boissons, le sel et le sucre. Sur tous ces articles, il serait facile d’arriver à un compromis ; l’on s’en convaincra sans peine en pénétrant dans l’étude des détails.

Point de difficulté quant à la bière, qui est la boisson des Belges : le droit de fabrication est de 2 fr. 40 e. par hectolitre en France ; le droit d’accise est de 2 fr. en Belgique. La Belgique pourrait adopter notre droit de fabrication en le portant à 3 fr. par hectolitre, ce qui représenterait à peine 25 pour 100 de la valeur.

Les vins et les vinaigres sont grevés en France de divers droits, qui, sous la forme de taxe de circulation, de droit d’entrée et de droit de consommation et de détail, peuvent représenter au maximum, pour le consommateur