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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/486

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Les produits fabriqués et les matières apprêtées figurent en moyenne, dans les exportations belges, pour 60 pour 100 ; mais, dans les exportations de la Belgique en Hollande et en Prusse, les produits fabriqués et les matières apprêtées, tels que les tissus, le fer, les armes, les peaux, les meubles, la mercerie, le sel raffiné, les machines, la verrerie, entrent pour plus de 80 pour 100 ; les houilles, les lins, les laines, les animaux, les graines, les écorces, en un mot les produits naturels et les matières premières, n’y trouvent pas de débouchés. La France, au contraire, reçoit à peine de la Belgique pour 45 pour 100 de marchandises fabriquées, dont les toiles forment la plus grande partie (22 millions sur 64 en 1841) ; les fers, les tissus de laine et les tissus de coton belges sont exclus par nos tarifs. Nous importons principalement de la Belgique des produits naturels et des matières nécessaires- à l’industrie, tels que les animaux, les graines ; les bois, les charbons, les lins bruts, etc. La conclusion à tirer de ces faits, c’est que les produits manufacturés de la Belgique prendront part à la consommation française aussitôt que les barrières de douanes seront levées, et, comme déjà les produits naturels de la Belgique obtiennent un large débouché en France, les échanges porteront alors sur presque tous les objets que le commerce peut embrasser.

Entre la France et la Belgique, le commerce roule sur les objets de première nécessité comme sur les objets de luxe. Entre la Belgique et l’Allemagne, le commerce, à l’exception de quelques fournitures de rails, ne repose pas sur une base large et ne comprend point les articles de grande consommation [1]. Il est donc permis de penser que tous les efforts de l’industrie ; toutes les concessions du gouvernement belge, jointes à la facilité nouvelle des communications, ne prévaudront pas contre la nature des choses. Commercialement et politiquement, la Belgique et l’Allemagne sont deux mondes différeras : La Belgique et la France appartiennent au contraire au même système d’idées et d’intérêts. Il n’y a plus de frontière possible entre deux peuples que les rois avaient séparés et que leurs révolutions ont rapprochés.

En Belgique, la nation tout entière, moins ceux qui la mènent, penche pour l’alliance française. Ceux qui repoussent encore l’union, ou qui en accueillent froidement la perspective, ce sont des ministres, des sénateurs, des députés, des écrivains, en un mot le personnel du gouvernement. Les journaux allemands l’ont remarqué : « La presse belge ; a dit-la Gazette d’état de Prusse, à peu d’exceptions près, s’est prononcée fortement contre la conclusion d’une association douanière avec la France, et ce fait a certainement une cause. »

La cause, on la trouvera dans la susceptibilité d’un orgueil national que

  1. La Gazette de Cologne, énumérant les objets d’échange entre les provinces rhénanes et la Belgique, demande que les Belges admettent les grains, les bois, les draps, les tissus de coton, les toiles, la miroiterie et les fils de laiton de l’Allemagne ; mais ; en revanche, elle ne voit d’autre concession possible en faveur de la Belgique qu’une réduction des droits qui pèsent sur les fers.