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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/478

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le premier rang dans une alliance commerciale, pourquoi verrait-on, dans une semblable association de la Belgique avec la France, un agrandissement de territoire déguisé ?

L’union franco-belge n’est pas populaire en Europe, nous le savons. Il paraît même que l’opposition des puissances s’est manifestée par des notes diplomatiques adressées au cabinet de Bruxelles, sinon au cabinet des Tuileries. Mais cette résistance, si elle existe encore au même degré, a cessé d’être active. Les protestations des journaux anglais et des feuilles allemandes vont s’affaiblissant tous les jours. Quant aux cabinets, ils ont dû comprendre que leur résistance pourrait intéresser le sentiment national en France et en Belgique à la conclusion d’une négociation qui s’est renfermée jusqu’à présent dans le cercle des intérêts matériels. Ils se résignent donc en apparence, n’ayant pas les moyens d’empêcher.

Depuis quelques mois, la partie diplomatique de la question semble avoir perdu de sa gravité. Par un motif ou par un autre, l’Allemagne a provisoirement repoussé, malgré l’appui qu’elles ont reçu du cabinet prussien, les avances qui lui étaient faites par le gouvernement belge. Pour toute concession à la Belgique, le congrès douanier de Stuttgard s’est contenté de ne pas aggraver les droits établis à l’importation des fers. L’association allemande a déclaré par là que, s’il lui répugnait de prendre des mesures qui fussent hostiles à l’industrie belge, elle n’avait ni disposition ni intérêt à un rapprochement plus étroit. Par là aussi, on a signifié à la Belgique qu’elle n’avait plus le choix de ses alliances commerciales, et que la France était désormais son unique port de salut.

Quant à l’Angleterre, nous croyons qu’elle observe avec anxiété le progrès des négociations, moins pour les contrarier que pour stipuler ses intérêts dans la nouvelle combinaison au moment opportun. Le gouvernement britannique ne peut plus avoir d’objections contre l’association commerciale de la France avec la Belgique, si le gouvernement français adoucit en même temps nos tarifs en faveur des produits anglais. Le ministère du 1er mars avait fait marcher de front un traité de commerce avec l’Angleterre, et l’union commerciale avec la Belgique. C’est par une semblable combinaison que l’on aplanira les obstacles qui peuvent venir de ce côté.

L’Angleterre ne doit pas s’attendre à voir les nations qui peuplent le continent européen demeurer perpétuellement isolées les unes des autres. L’union allemande a donné le branle, et dans les autres races civilisées, en dépit des frontières politiques, les intérêts homogènes ne tarderont pas à se grouper. Il est impossible que les peuples de la péninsule italienne ne finissent pas par s’entendre pour supprimer les barrières de douanes qui les rendent étrangers les uns aux autres. L’Espagne s’unira nécessairement, dans les mêmes vues, au Portugal ou à la France. L’Autriche pourra bien s’assimiler tous les états danubiens, depuis la Bavière jusqu’à la Valachie et jusqu’à la Bulgarie. La France, en travaillant à réunir sous sa bannière commerciale les peuples voisins qui gravitent naturellement vers elle, ne fait