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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/474

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aucun cas, et ne faites : pour un traité de commerce que d’insignifiantes concessions. » Les négociateurs ayant ainsi les mains liées de part et d’autre, il ne faut pas s’étonner si les négociations furent sans résultat.

La force des choses bien plus que la volonté des hommes a fait faire aux deux gouvernemens un grand pas vers l’union de douanes en déterminant la convention du 16 juillet 1842. La Belgique jouit maintenant d’un tarif différentiel, à l’entrée en France, pour les houilles, pour les fontes, pour les toiles et pour les fils de lin. Pour compléter ce régime de faveur, il ne resterait plus qu’à admettre aussi, par privilège sur les provenances similaires des autres nations, les draps et les fers. Mais alors les produits belges seraient privilégiés en France, tandis que les produits français ne seraient pas privilégiés en Belgique. Le cabinet de Bruxelles a suffisamment prouvé, par la manière dont il a interprété la convention du 16 juillet, qu’il n’entendait pas augmenter, dans une proportion sérieuse la part que nous prenons à l’approvisionnement du pays. Ainsi, l’union existerait à l’avantage à peu près exclusif d’une seule des parties contractantes ; nous en supporterions les charges, et nous n’en recueillerions pas les profits. Évidemment, le régime établi par la convention du 16 juillet ne saurait être envisagé que comme un régime de transition.

Cette logique de la situation finira sans doute par se faire accepter. En ce moment, les négociations se rouvrent. On les entame, de part et d’autre, sans un goût bien prononcé pour la solution, s’il est vrai que le ministère belge ait sollicité des concessions auprès du congrès allemand de Stuttgard, en laissant.apercevoir son éloignement pour la France, et que dans le sein du ministère français une majorité peu douteuse se prononce contre le principe ou contre l’opportunité de l’union. Mais il n’en est que plus remarquable de voir la question se poser d’elle-même, pour ainsi dire, et les gouvernemens traînés, malgré eux, à la remorque du vœu national.

Ce vœu se trouve, dit-on, énergiquement représenté dans les hautes régions de la politique par le roi Louis-Philippe et par le roi Léopold. Et peut-être l’impulsion persévérante des deux princes n’est-elle pas étrangère à ces délibérations que leurs gouvernemens reprennent sans cesse, sans vouloir ou sans pouvoir les conduire jusqu’au dénouement. On aurait tort d’en prendre ombrage ; il n’y a là qu’un accident heureux pour la cause de l’association. L’initiative peut venir de ce côté, lorsque la décision et la responsabilité sont ailleurs. Félicitons-nous plutôt de ce que l’intérêt dynastique se confond ici avec l’intérêt commun aux deux peuples, de ce que deux rois, par un phénomène bien rare, s’inspirent de l’esprit et des nécessités de leur temps.

On a vu jusqu’ici par quelles fautes et par quelles faiblesses les cabinets de Paris et de Bruxelles ont retardé, sinon compromis, la conclusion de l’union commerciale. Il reste à se rendre compte des obstacles qu’elle a pu rencontrer en dehors des dispositions propres à chaque gouvernement.

Ces obstacles se réduisent à trois principaux : à l’étranger, la diplomatie avec ses prétentions et avec ses menaces ; en Belgique, les préjugés et les