Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/465

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Les oiseaux saluent le roi de la nature.

Les fleurs entr’ouvrent leurs calices humides.

Le soleil monte à l’horizon. Il va reprendre îe riche écrin du matin, les pierreries liquides de l’herhe.

L’ame de feu Bressier remonte au soleil dans une goutte de rosée qu’il absorbe.


P.-S. — C’était, en effet, Arnold Redort que Cornéhe avait épousé, précisément le jour où Paul Seehurg se faisait présenter chez un homme qui avait un ami qui peut-être consentirait à lui donner un libretto d’opéra. Cornélie avait fini par céder aux obsessions de ses parens, et à l’ennui de n’être pas mariée.

Le père Morsy fut d’une joie délirante quand, au bout de quelques mois, sa femme lui apprit que Cornélie était grosse. On fit des projets à perte de vue ; on s’occupa de l’avenir de l’enfant, on discuta tous les systèmes d’éducation, on passa en revue tous les états. On ne tomba d’accord que sur une seule chose : c’est qu’on appellerait l’enfant Aline, si c’était une fille, et Théodore, si c’était un garçon.


Cornélie assurait que ce serait un fils. Elle en parlait sans cesse, lui achetait des joujous. Le père Morsy annonça qu’il lui donnerait sa bibliothèque.


Mais cette joie, ces projets, tout s’évanouit ; au bout de quatre mois, Cornélie mit au monde un enfant ébauché, — un rudiment d’enfant haut de quatre pouces ; — ç’aurait été un garçon. — Le père le mit dans un bocal d’esprit de vin.

Ce fut un grand chagrin dans la maison. Cornélie avait tant parlé de cet enfant, que ne pas l’avoir lui sembla le perdre ; elle pleura de ce qu’il n’était pas né, comme elle eût pleuré s’il était mort.


 Alphonse Karr.