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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/464

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que le marié n’est pas beau ? Est-ce qu’il y a beaucoup plus de jolies femmes que de beaux hommes ?

— C’est que le costume de mariée sied parfaitement aux femmes, et que tout dans le costume des hommes tend à les enlaidir. Plus on est habillé, plus on est laid.

— La mère avait une bonne figure.

— Le père n’était pas mauvais non plus.

— Est-ce que vous n’avez pas votre voiture ?

— Moi ? je n’ai jamais eu de voiture.

— Mais pourtant vous m’avez offert de me reconduire ?

— C’était pour faire de l’effet à la femme avec laquelle je dansais. Nous allons prendre un fiacre, et vous me jetterez à ma porte.

— Ah ! mon Dieu ! se dit l’ame, mais c’est Cornélie, Cornélie qui se marie ! Paul Seeburg s’est donc enfin décidé, ou bien on l’aura décidé.

Elle entre dans la maison ; quelques parentes étaient encore au salon. Mme Morsy et deux de ses cousines étaient allées coucher la mariée. La chambre est richement ornée ; les meubles, les rideaux, les tapis, tout est blanc et cramoisi ; une lampe d’albâtre ancienne est suspendue au plafond ; Cornélie est embellie, la nature a achevé son ouvrage, la jolie fille est devenue une femme charmante.

Elle se laisse déshabiller sans dire un mot, sans presque aider les femmes qui l’entourent. Bientôt on la laisse seule, sa mère l’a embrassée et a emporté les flambeaux ; la chambre n’est plus éclairée que par la lampe d’albâtre, semblable à une opale lumineuse. Cornélie est émue et tremblante. L’ame de feu Bressier se joue dans ses cheveux parfumés, dans le duvet de pêche de son visage, sur le carmin de ses lèvres.

Une porte s’entr’ouvre…


Ce n’est pas Paul Seeburg…, c’est… le hideux Arnold.

L’ame placée sur les lèvres de Cornélie veut fuir, mais elle est empêchée et emprisonnée par les moustaches d’Arnold ; elle se débat, elle s’évertue, elle s’enfuit enfin, mais toute meurtrie, toute froissée, semblable à un papillon qui s’échappe des mains d’un enfant en laissant à ses doigts une partie de la brillante poussière de ses ailes.

À ce moment, le jour commence à paraître ; des nuages couleur de soufre, de rose et de lilas précèdent le soleil ; les gouttes de rosée tremblent sur la pointe des brins d’herbe.