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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/462

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Une femme prenait un amant seulement pour l’enlever à une autre.

Celle-ci s’est crompromise par coquetterie, et se donne par une sorte de probité singulière, pour se débarrasser d’un homme qui l’obsède.

Toujours rebutée, toujours plus inquiète, toujours plus pressée, l’ame de feu Bressier trouve tour à tour :

Une femme du monde et un acteur jouant avec succès les rôles de niais dans le vaudeville ;

Une femme qui a choisi son amant parce que c’est un homme illustre, que tout le monde remarque, et qu’elle enlève aux autres ;

Une femme qui a choisi son amant parce que c’est un homme obscur, commun, que personne ne remarque, et que les autres ne lui enlèveront pas.

Un mari attend que sa femme dorme pour quitter clandestinement le lit conjugal et monter un étage plus haut.

La femme attendait que son mari fût parti, et descend un étage plus bas.

Ici un amant heureux en lunettes bleues.

Là un mari qui s’est caché dans une armoire pour surprendre son rival le voit, a peur, et retient son haleine de peur d’être découvert par lui.

Un homme, sauvé par son ami, secouru dans la mauvaise fortune, accueilli dans la maison de son bienfaiteur, nourri de son travail, a séduit la femme de son ami absent.

Léonie, qui a fait autrefois un mariage d’amour, qui a quitté un beau nom pour le nom vulgaire de l’homme qu’elle aimait, est devenue veuve, elle a soixante ans aujourd’hui et elle est riche ; elle s’est mariée ce matin à un vieux drôle désagréable sous tous les rapports, mais qui est marquis. Elle veut réparer ce qu’elle appelle sa sottise et mourir titrée.

Caroline est avec un homme qu’elle n’aime pas encore ;

André avec une femme qu’il n’aime plus.

Remplissez la page de tout ce que je ne puis écrire, et vous saurez tout ce que vit dans cette nuit l’ame de feu Bressier.


Alors la pauvre ame, découragée, s’éleva de nouveau au-dessus de la ville en se disant : — Eh quoi ! tous ces gens-là ne s’aiment pas ! Eh quoi ! l’amour n’est pour rien dans toutes ces caresses. Eh quoi ! je n’ai pu encore trouver deux êtres qui s’aiment réellement ;