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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/449

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« Dansons gaiement sous les vieux arbres, avec nos filles sages aux longues robes, qui font qu’il n’y a que leur époux qui verra le bout de leurs pieds.

« Il est heureux que les Microbourgeoises n’aient de bien que la jambe, car elles se montreraient toutes nues.

« Qu’aucune fille jamais n’aime un garçon de Microbourg, car nos femmes doivent avoir des enfans braves, de bons Nihilbourgeois.

« Mais d’ailleurs, où est celui des Microbourgeois qui oserait venir au milieu de nous ?

« Garçons de Nihilbourg, avons-nous encore les bâtons avec lesquels nous leur avons fendu tant de têtes ?

« Hourra ! »

Et on finissait ici, comme là-bas, par des cris et des récits de victoires remportées sur les Microbourgeois.

Ce jour-là, à Nihilbourg, c’était, comme je vous le disais tout à l’heure, la Fête de la Paix.

Le peuple était rassemblé dans le salon du prince régnant, Céderic CXXVII, un de ces pauvres petits princes qui, numérotés comme les uns et les autres, semblent tenir le milieu entre les fiacres et les rois. En défalquant du nombre de deux cent soixante, auquel se montait la population de Nihilbourg, les femmes, les enfans et les vieillards, il restait à peu près quatre-vingts hommes en état de porter les armes. Il s’agissait d’une grande résolution.

Le prince exposa en beaucoup de mots que l’insolence des gens de Microbourg croissait de jour en jour, qu’il était temps d’y mettre un terme, qu’en ce moment ils étaient livrés à la joie, aux plaisirs, et surtout à la bière ; qu’il fallait, au milieu de la nuit, les aller surprendre, faire main-basse sur eux ; qu’on les trouverait ou endormis, ou ensevelis dans l’ivresse ; qu’on en aurait bon marché, et qu’ainsi finirait ce peuple sauvage, qui de tous temps avait mis des pages sanglantes dans les annales de Nihilbourg.

Cette proposition fut accueillie avec enthousiasme.

Le prince ajouta : Il faut donc s’abstenir de bière et de boissons enivrantes. Nous célébrerons demain pour la première fois une fête dont l’anniversaire remplacera à l’avenir la Fête de l’orme : ce sera la Fête de la Paix victorieuse.

De nouveaux hourras accueillirent le prince, qui, animé par le succès, crut devoir ajouter qu’il fallait engraisser les guérets avec le sang des ennemis, ce à quoi personne ne trouva d’inconvéniens.

À dix heures du soir, on se mit en route. Je ne parlerai pas des larmes des mères, des femmes, des amantes. Je ne m’arrêterai un