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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/441

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Mme Lagache. — Oui… mais les conseils de M. Léopold…

Mme Nicols. — Puisqu’il nous a dit qu’il ne pouvait pas prendre sur lui de les suivre. Parlez, monsieur Édouard.

Édouard. — Eh bien ! il prétend qu’il n’a jamais laissé passer une occasion sans en profiter.

Mme Nicols. — Cette théorie n’est pas merveilleuse ; elle n’est surtout pas nouvelle. Je gage qu’elle était pratiquée par les petits jeunes gens d’Athènes.

Édouard. — Mais il faut savoir ce qu’il entend par une occasion.

Mme Lagache. — Ah !

Édouard. — Il entend par une occasion la première fois qu’il se trouve seul avec une femme.

Mme Nicols. — Une femme dont il est aimé, une femme qu’il a convaincue de son amour par des soins assidus… et encore !

Édouard. — Pas le moins du monde. Une femme avec laquelle il a dansé une fois et qu’il ramène en fiacre.

Mme Lagache. — C’est que votre ami ne danse qu’à la Grande Chaumière.

Édouard. — Pas du tout ; il parle des femmes du monde.

Mme Nicols. — Il est fou.

Mme Lagache. — Et menteur.

Cette révélation faite à Mme Lagache en présence de Mme Nicols, explique surabondamment le refus opiniâtre de Mme Lagache de se laisser ramener en voiture par Léopold.


XXXVIII.

Il y a au premier étage de la plus belle maison d’une rue fréquentée un riche appartement dans lequel il ne reste plus que les gros meubles ; les pendules, les bijoux, toutes les somptueuses inutilités, ont disparu. Une femme attend ; elle est belle, mais les passions ont laissé sur son visage de terribles traces. Elle s’assied, elle se lève, elle marche, elle ouvre une croisée, la referme, elle est en proie à une violente agitation. — Pourvu qu’il n’ait pas gagné, dit-elle ; car, tant qu’il nous restera la moindre ressource, je ne le déciderai pas. — Ah ! le voila !

Il paraît un beau jeune homme, mais pâle, mais couvert d’une sueur froide, mais les yeux égarés :

— Pauline, dit-il, j’ai perdu !