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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/433

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mettre un plus simple ; on exigea qu’elle eût un fichu sur son cou : il n’était pas décent de l’avoir ainsi nu.

Le soir, on trouva qu’elle rentrait trop tard ; le lendemain matin, qu’elle ne se levait pas assez tôt. Elle répondit qu’elle était levée depuis cinq heures du matin. À ces mots, on observa qu’elle avait pris depuis long-temps l’habitude de répondre et d’être impertinente, et on lui dit qu’elle eût à chercher une place.

Célestine, du reste, donnait un rival à Fernand, et un rival aimé. C’était un gros Auvergnat, lourd et épais, qui apportait de l’eau à la maison.


XXXVI.

L’ame de feu Bressier s’éloigna à regret de Mme Ernsberg. Il y avait autour de cette femme une enivrante atmosphère d’amour et de fleurs ; il semblait que son ame exhalât l’amour, comme ses cheveux sentaient la violette.

Les regrets qu’elle éprouva ne furent pas amoindris par la première rencontre d’amoureux qu’elle fit. C’était un jeune homme encore imberbe, baisant la grosse main d’une paysanne hâlée, robuste, à l’haleine forte, au visage mâle, une sorte d’homme femelle, qui, dans un accès de tendresse, en serrant la main de son amoureux, faillit le faire crier, tant elle lui broyait les os.

L’ame vagabonde continua ses recherches.

Dans le coin d’un appartement, trois hommes sont réunis autour d’une table, sur laquelle sont placés des verres et un pot de bière.

— Hélas ! mes frères, dit un des trois, qui aurait cru que le bonheur dont avait joui tant d’années notre pauvre frère allait lui glisser aujourd’hui entre les doigts ; que sa femme, jusqu’ici si sage, si fidèle, si attachée à ses devoirs, lui donnerait un si violent chagrin ? car voici la lettre que j’ai trouvée ce matin par hasard, et je vous ai réunis pour vous demander conseil.

Enfin, je ne puis davantage retarder mon départ. Mes chevaux seront à ma porte ce soir à onze heures. Ne vous dirai-je pas adieu en partant ? Ne songerez-vous pas que, dans notre périlleux métier, chaque adieu peut être le dernier ? N’obtiendrai-je jamais de vous que des refus ? Qu’avez-vous à craindre de moi ? Ne me suis-je pas toujours résigné au respect que vous m’avez imposé ? Au nom du ciel, venez encore une fois dans cet heureux logis où j’ai tant pensé à vous !