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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/43

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rait été plus naturel de les donner tout de suite, et que les parens pourraient s’étonner. M. Morsy sortit ; Mme Morsy alla porter quelques ordres dans l’antichambre. Paul voulut partir et donner ses fleurs à Cornélie ; mais il était si ému, si troublé de se voir seul avec Cornélie, qu’il fut presque heureux de voir rentrer la mère. Enfin, il s’en alla ce soir en remportant ses fleurs, qu’il déchira et jeta quand il fut dehors, en pleurant de rage de sa lâcheté.

— Diable ! se dit l’ame de feu Bressier, je n’avais pas prévu que ce garçon, si hardi contre le fusil de Pierre, le serait si peu contre les yeux doux et baissés d’une jeune fille !


IX.


Les réflexions de Seeburg n’étaient pas des plus gaies. Si, par momens, il pensait qu’il était aimé de Cornélie, il savait une chose d’une manière certaine, c’est que M. Morsy ne la lui donnerait pas, du moins dans la situation précaire à laquelle le sort l’avait condamné. D’autres fois, quand le bon accueil de M. Morsy lui laissait concevoir de ce côté un moment d’espérance, il considérait la possession de Cornélie comme un bonheur si grand, qu’il n’y croyait pas plus qu’à la lampe merveilleuse d’Aladin.

Cornélie, de son côté, pensait beaucoup à Paul. Elle avait passé plusieurs années en pension avec d’autres filles, et elle avait beaucoup causé d’amour et d’amant. D’autre part, elle lisait en cachette des romans que lui prêtait à la campagne une pauvre vieille femme à laquelle elle donnait quelques secours.

Ces romans étaient assez niais et assez ridicules ; mais qui voudrait lire des romans, si on n’entendait, en les lisant, que ce qu’ils disent ? Ils ne sont bons qu’à toucher dans le cœur certaines cordes, qui, une fois ébranlées, résonnent délicieusement.

Voici, du reste, quelques-uns des titres de ces romans. Ne pensez pas que je les invente ; ils sont encore sur les catalogues de bien des cabinets de lecture : Giannina et Ludomir ; — L’Espagnol, ou la Tombe et le Poignard ; — Mélina de Breslange, ou les Souterrains du château d’Arfeld ; — Odalie, ou le Vœu criminel ; — Pawliska, ou la Perversité ; — Albano, ou les Horreurs de l’abime ; — L’Urne dans la vallée solitaire ; — Le Monastère de Sainte-Colombe, ou le Chevalier aux Armes rouges ; — Mareska et Oscar ; — Ladouski et Floriska ;