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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/429

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moi de ma lâche douleur. Aujourd’hui, je ne suis pas fâchée de me retracer encore une fois, en vous les racontant, toutes les circonstances qui doivent me guérir d’un amour insensé.

« Avant-hier soir, j’étais émue et tremblante quand je vis arriver l’heure où Célestine viendrait me déshabiller. Je lus même un peu plus tard que de coutume, ou plutôt je feignis de lire ; j’étais si honteuse de me sentir désormais dans la dépendance de cette fille. Enfin je sonnai, et Célestine arriva tellement embarrassée, que je repris un peu d’assurance. — Tenez, lui dis-je, voici une robe que je ne mets plus et qu’il y a déjà long-temps que je veux vous donner. — Célestine me remercia et me regarda avec un profond étonnement.

— Madame n’est donc pas fâchée contre moi ? dit-elle.

— Je devrais l’être, répondis-je, mais je vous pardonne à condition que vous me direz bien, sans me rien déguiser, comment cela est arrivé.

— Mon Dieu, madame, il faut vous dire d’abord qu’il y a très longtemps que M. Fernand me poursuivait. Je ne voulais pas l’écouter, mais il montait ici à chaque instant sous toute sorte de prétextes ; je le rencontrais chaque fois que je sortais ; il me faisait tant de promesses ; enfin, madame, ajouta-t-elle en baissant les yeux, j’ai fini par céder.

— Mais n’aviez-vous pas peur de me déplaire ?

— Je lui disais bien que, si madame apprenait ce que je faisais pour lui, je serais chassée ; mais il me répondait que, si ce malheur arrivait, il ne m’abandonnerait pas, et que d’ailleurs madame n’en saurait rien.

« Ici je commençai à ne pas bien comprendre.

— Mais, ajoutai-je, que vous disait-il de moi ?

— Rien, madame.

— Comment, rien ! mais enfin avant-hier, quand ma mère la trouvé dans le salon, que voulait-il faire ?

— Voilà ce que c’est, madame : pour aller dans ma chambre, il faut passer dans le corridor qui longe celle de madame votre mère, et il attendait là qu’elle fût endormie, parce qu’alors je serais allée le chercher.

« À ces paroles, je sentis un vertige s’emparer de moi, une lueur funeste brillait au milieu de mes incertitudes.

— Mais enfin, vous l’auriez mené dans votre chambre ?

— Oui, madame.

— Et… après ?