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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/393

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de Séville étant, à ce que prétendent les aficionados, les plus brillantes de l’Espagne. Cette place offre la singularité de n’être que demi-circulaire, du moins pour ce qui regarde les loges, car l’arène est ronde. On dit qu’un violent orage abattit tout ce côté, qui depuis ne fut pas relevé. Cette disposition ouvre une merveilleuse perspective sur la cathédrale, et doit former un (les plus beaux tableaux qu’on puisse imaginer, surtout quand les gradins sont peuplés d’une foule étincelante, diaprée des plus vives couleurs. Ferdinand VII avait fondé à Séville un conservatoire de tauromachie oit l’on exerçait les élèves d’abord sur des taureaux de carton, puis sur des novillos avec des boules aux cornes, et enfin sur des taureaux sérieux, jusqu’à ce qu’ils fussent dignes de paraître en public. J’ignore si la révolution a respecté cette institution royale et despotique. Notre espérance déçue, il ne nous restait plus qu’à partir ; nos places étaient retenues sur le bateau à vapeur de Cadix, et nous nous embarquâmes au milieu des pleurs, des cris et hurlemens des maîtresses ou femmes légitimes des soldats qui changeaient de garnison et faisaient route avec nous. Je ne sais pas si ces douleurs étaient sincères, mais je n’aurais jamais cru que des poitrines humaines pussent contenir de pareils sanglots.


THÉOPHILE GAUTIER