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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/392

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Tous ces affreux détails sont peints complaisamment
Comme un portrait chéri tracé par un amant,
Et nul Italien, rêvant de la madonne,
Dans l’outremer limpide et dans l’or qui rayonne
Plus amoureusement n’a caressé les traits
De quelque Fornarine aux célestes attraits.
Plus loin c’est un bravache à la moustache épaisse,
Armé de pied en cap, en son étroite caisse,
La putréfaction, qui lui gonfle les chairs,
Au bistre de son teint a mêlé des tons verts ;
Sa tête va rouler comme une orange mûre,
Car le ver a trouvé le joint de son armure.
Hélas ! fier capitan, le maigre spadassin
A sa botte secrète et son coup assassin ;
Fût-on prévôt de salle, ou maître en fait d’escrime.,
Dans ce duel suprême, on est toujours victime.
Au dernier plan, couverts de linceuls en lambeaux,
Des morts de tout état, jadis jeunes et beaux,
Élégans cavaliers, superbes courtisanes,
Dont un jaune rayon fait reluire les crânes,
Cauchemars grimaçans, monstrueuses laideurs,
Du sinistre caveau peuplent les profondeurs.
Jamais ce lourd sommeil plein de rêves étranges,
Qui font voir aux dormeurs les démons ou les anges ;
Cette attitude morne et cet abattement
Du pécheur sans espoir qui pense au jugement :
Cet ennui de la mort qui regrette la vie,
Le soleil, le ciel bleu, la lumière ravie,
N’ont été mieux rendus qu’en ce dernier tableau,
Qui fait Valdès Léal rival de Murillo.
Pour que l’allégorie aux yeux n’offre aucun doute,
Perçant dans un éclair les ombres de la voûte,
La main de l’inconnu, la main que Balthazar
Vit écrire à son mur des mots compris trop tard,
Apparaît soutenant des balances égales
Un des plateaux chargé de tiares papales,
De couronnes de rois, de sceptres, d’écussons ;
L’autre, de vils rebuts, d’ordure et de tessons.
Tout a le même poids aux balances suprêmes.
Voilà donc votre sens, mystérieux emblèmes !
Et vous nous promettez pour consolation,
La triste égalité de la corruption !


La place de taureaux était fermée à notre grand regret, les courses