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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/389

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thédrale. Quelques-unes de ces colonnes sont antiques et proviennent, soit des ruines d’Italica, soit des débris de l’ancienne mosquée dont l’église actuelle occupe la place, et dont il ne reste plus que la Giralda, quelques pans de mur, un ou deux arcs dont l’un sert de porte à la cour des orangers. La Lonja (bourse) du commerce, grand bâtiment carré d’une régularité parfaite, bâti par ce lourd et pesant Herrera, architecte de l’ennui, à qui l’on doit l’Escorrial, le monument le plus triste qui soit au monde, est aussi entourée de bornes semblables. Isolée de tous côtés et présentant quatre façades pareilles, la Lonja est située entre la cathédrale et l’Alcazar. On y conserve les archives d’Amérique, les correspondances de Christophe Colomb, de Pizarre, de Fernand Cortez ; mais tous ces trésors sont gardés par des dragons si farouches, qu’il a fallu nous contenter de l’extérieur des cartons et des dossiers arrangés dans des armoires d’acajou, comme des paquets de mercerie. Il serait facile cependant de mettre sous verre cinq ou six des plus précieux autographes, et de les offrir à la curiosité bien légitime des voyageurs.

L’Alcazar, ou ancien palais des rois mores, quoique fort beau et digne de sa réputation, n’a rien qui surprenne lorsqu’on a déjà vu l’Alhamhra de Grenade. Ce sont toujours les petites colonnes de marbre blanc, les chapiteaux peints et dorés, les arcades en cœur, les panneaux d’arabesques entrelacées de légendes du Coran, les portes de cèdre et de melèze, les coupoles à stalactites, les fontaines brodées de sculptures qui peuvent différer à l’œil, mais dont la description ne peut rendre le détail infini et la délicatesse minutieuse ; la salle des Ambassadeurs, dont les magnifiques portes subsistent dans toute leur intégrité, est peut-être plus belle et plus riche que celle de Grenade ; malheureusement l’on a eu l’idée de profiter de l’intervalle des colonnettes qui soutiennent le plafond pour y loger une suite de portraits des rois d’Espagne depuis les temps les plus reculés de la monarchie jusqu’à nos jours. Rien au monde n’est plus ridicule. Les anciens rois, avec leurs cuirasses et leurs couronnes d’or, font encore une figure passable, mais les derniers, poudrés à blanc, en uniforme moderne, produisent l’effet le plus grotesque ; je n’oublierai jamais une certaine reine avec des lunettes sur le nez et un petit chien sur les genoux, qui doit se trouver là bien dépaysée. Les bains de Maria Padilla, maîtresse du roi don Pèdre, qui habita l’Alcazar, sont encore tels qu’ils étaient au temps des Arabes. Les voûtes de la salle des étuves n’ont pas subi la plus légère altération. Charles-Quint, comme à l’Alhambra de Grenade, a laissé à l’Alcazar