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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/380

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entr’actes du théâtre, qui est tout voisin, — et surtout à la Christina, — qu’il est charmant de voir entre sept et huit heures parader et manéger les jolies Sévillanes par petits groupes de trois ou quatre,, accompagnées de leurs galans en exercice ou en expectative. Elles ont quelque chose de leste, de vif, de fringant, et piaffent plutôt qu’elles ne marchent. La prestesse avec laquelle l’éventail s’ouvre et se ferme sous leurs doigts, l’éclat de leur regard, l’assurance de leur allure, la souplesse onduleuse de leur taille, leur donnent une physionomie toute particulière. Il peut y avoir en Angleterre, en France, en Italie, des femmes d’une beauté plus parfaite, plus régulière, mais assurément il n’y en a pas de plus jolies ni de plus piquantes. Elles possèdent à un haut degré ce que les Espagnols appellent la sel. C’est quelque chose dont il est difficile de donner une idée en France, un composé de nonchalance et de vivacité, de ripostes hardies, promptes, et de façons enfantines, une grace, un piquant, un ragoût, comme disent les peintres, qui peut se rencontrer en dehors de la beauté, et qu’on lui préfère souvent. Ainsi, l’on dit en Espagne à une femme : Que vous êtes salée, salaria ! Nul compliment ne vaut celui-là.

La Christina est une superbe promenade sur les bords du Guadalquivir, avec un salon pavé de larges dalles, entouré d’un immense canapé de marbre blanc garni d’un dossier de fer, ombragé de platanes d’Orient, avec un labyrinthe, un pavillon chinois, et toute sorte de plantations d’arbres du nord, de frênes, de cyprès, de peupliers, de saules, qui font l’admiration des Andalous, comme des palmiers et des aloès feraient celle des Parisiens.

Aux abords de la Christina, des bouts de corde soufrés et enroulés à des poteaux tiennent un feu toujours prêt à la disposition des fumeurs, de sorte que l’on est délivré de l’obsession des gamins porteurs d’un charbon qui vous poursuivent en criant fuego, et qui rendent insupportable le Prado de Madrid.

A cette promenade, tout agréable qu’elle est, je préfère cependant le rivage même du fleuve, qui offre un spectacle toujours animé et renouvelé sans cesse. Au milieu du courant, où l’eau est le plus profonde, stationnent les bricks et les goélettes du commerce, à la mâture élancée, aux cordages aériens, dont les traits se dessinent si nettement en noir sur le fond clair du ciel. Des embarcations légères se croisent en tous sens sur le fleuve. Quelquefois une barque emporte une société de jeunes gens et de jeunes femmes qui descendent le fleuve en jouant de la guitare et en chantant des copias dont la folle