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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/346

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liberté par l’amirauté anglaise, trente-sept avaient été retenus comme’ Anglais, et, pour les cent quarante-huit autres, le ministre américain n’avait pas reçu de réponse, parce qu’ils étaient tous en mer.

On voit quels obstacles la législation anglaise mettait à la liberté du commerce et de la navigation. Dans beaucoup de cas, les navires marchands, subitement privés, par la visite d’un vaisseau de guerre anglais, d’un grand nombre de bras, ne pouvaient continuer leur voyage. Une conséquence plus grave encore de cet état de choses, c’est que la marine marchande américaine a trouvé souvent beaucoup de difficulté à recruter des matelots dans le temps d’une guerre européenne, parce que les équipages craignaient d’être soumis à la presse des vaisseaux de guerre anglais.

M. Webster termine sa lettre en posant la question d’une manière très nette et très catégorique. Nous reproduirons ses conclusions, parce qu’elles sont de la plus grave importance pour l’avenir de la paix et de la guerre dans les deux parties du monde

« Le gouvernement américain, dit M. Webster, est donc préparé à dire que l’application de la presse des matelots aux navires américains ne peut plus désormais être tolérée…. Dans les premières discussions qui se sont élevées entre les deux gouvernemens sur ce sujet si long-temps contesté, l’homme distingué qui tenait les sceaux du département que j’occupe fit cette déclaration : « La règle la plus simple sera qu’un navire étant reconnu américain, les matelots à bord seront par cela même prouvés Américains. »

« Cinquante ans d’expérience… ont prouvé au gouvernement des États-Unis que cette règle n’est pas seulement la meilleure et la plus simple, mais la seule qui puisse être adoptée et observée d’accord avec l’honneur des États-Unis et la sécurité de leurs citoyens. Cette règle annonce, en conséquence, quel sera désormais le principe maintenu par ce gouvernement. Dans tout navire marchand américain muni de papiers en règle, l’équipage trouvera protection dans le drapeau qui est au-dessus de lui.

« Cette déclaration, milord, n’a point pour but de réveiller des souvenirs inutiles du passé, ni de ressusciter des flammes de foyers qui ont été, à un grand degré, étouffés par de longues années de paix. Bien au contraire. Elle a pour objet d’éteindre efficacement ces foyers avant que de nouveaux incidens en fassent rejaillir des flammes. »

A ces déclarations et à ces conclusions très claires, lord Asliburton répond avec beaucoup de réserve, avec des paroles très conciliantes, mais sans cependant abandonner en aucune façon les prétentions de son gouvernement. Il commence par déclarer qu’il n’a aucuns pouvoirs pour négocier à ce sujet, mais qu’il serait fâché d’entraver aucune tentative faite pour arriver à un règlement du différend. « Je sais bien, dit-il, que les lois de nos deux pays maintiennent des principes opposés en fait d’allégeance. L’Amérique, qui reçoit chaque année par millions les émigrans de l’Europe, maintient la doctrine, commode pour elle, du droit de transférer l’allégeance à volonté. Les lois de la Grande-Bretagne ont de tout temps maintenu la doctrine opposée. »