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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/333

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téressement de l’Angleterre. La manière dont il accueille les protestations de lord Ashburton n’est pas des plus encourageantes : « Rien n’est plus naturel, dit-il, que votre désir de repousser une imputation qui jetterait des doutes sur la bonne foi de votre gouvernement… Ce n’est ni le cas ni le moment de considérer les raisonnemens présentés par vous pour prouver la sincérité de l’Angleterre dans ses réclamations. Une discussion de cette nature nous écarterait de la question et serait particulièrement mal placée dans une occasion où les parties n’ont que des intentions amicales. »

Après ces préliminaires, les deux négociateurs passent à la question spéciale, celle du territoire. Lord Ashburton abandonne volontiers toutes les prétentions de son gouvernement : « Je suis, dit-il, disposé à renoncer à nos droits, si nous pouvons arriver à régler, dans les termes que je propose, la frontière du Maine. » M. Webster ne se montre pas si facile. On sent qu’il n’est plénipotentiaire que sous condition, et que la prérogative de l’état du Maine le tient en échec. Il ne veut pas effacer le passé, il n’admet pas que le traité de 1783 puisse être oblitéré, et il commence par maintenir le droit de possession des États-Unis dans toute son intégrité : « Sans parler, dit-il, de l’opinion du gouvernement et du peuple des états le plus directement intéressés dans la question, je dirai que les deux chambres du congrès, après un mur examen, ont sanctionné la validité des prétentions de l’Amérique avec une unanimité qui s’est rarement rencontrée au même degré… Le tout est de savoir si, avec cette conviction mutuelle de la justice de nos prétentions, nous pourrons parvenir à nous entendre. »

« J’avais espéré, répond lord Ashburton, que nous avions esquivé d’un commun accord le renouvellement de ces discussions inutiles sur la question générale de nos prétentions réciproques. Il me paraissait avoir été décidé par tant d’autorités compétentes que le point géographique si long temps cherché était introuvable, que je n’avais plus d’espoir d’arrangement que dans une transaction mutuelle… Permettez-moi d’exprimer mes regrets que votre note et celle des commissaires du Maine soient ainsi revenues sur la vieille controverse, et ne se soient point bornées à la simple question de savoir si nous pouvions nous accorder sur les termes que je proposais. »

Quels étaient les termes proposés par le plénipotentiaire anglais ? Ils pouvaient se résumer ainsi : il offrait de prendre pour ligne de démarcation la rivière Saint-Jean, dans tout son cours, sauf une seule exception. Cet arrangement était exclusivement favorable aux états américains. De la portion du territoire réservée à la Grande-Bretagne, les neuf dixièmes étaient sans valeur. Le pays fertile, habitable, déjà couvert de bois très riches, passait presque tout entier aux États-Unis, et lord Ashburton disait avec raison qu’un acre du terrain abandonné par l’Angleterre valait plus que dix acres du terrain qu’elle gardait ; mais il ajoutait et répétait à satiété que le seul but de son gouvernement était d’assurer sa frontière au prix de tous les sacrifices.

Il ne faisait, avons-nous dit, qu’une seule exception à l’adoption de la rivière Saint-Jean pour limite, et cette exception portait sur un point de ter-