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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/328

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été posées. Ce fait alors que le gouvernement anglais, las de faire des avances inutiles, déclara qu’il ne se considérait plus comme lié par les offres réitérées qu’il avait faites, et qu’il ne consentirait plus en aucun cas à accepter la ligne tracée par le roi des Pays-Pas.

Toutefois les négociations ne furent point rompues. Lord Palmerston proposa encore que la rivière Saint-Jean fdt prise pour ligne limitrophe, ce qui a été en grande partie adopté dans le dernier traité. A cette époque, les États-Unis refusèrent cette proposition. En 1839, le gouvernement anglais envoya en Amérique deux officiers du génie pour explorer le territoire contesté. Il y avait dans le pays si peu d’élémens d’observation topographique que les commissaires se virent, en plusieurs occasions, réduits à prendre pour guides des Indiens nomades. Dans le rapport adressé par eux à lord Palmerston, en 1840, nous lisons : « En arrivant sur la scène de nos opérations, nous apprîmes que nous aurions à explorer un pays désert où l’on ne rencontrait pas un être humain, à l’exception de quelques pionniers et de quelques Indiens errans occupés de la chasse… Ce désert n’a jamais été traversé par des personnes capables de faire des observations exactes, de sorte que toutes les cartes que nous avons vues sont tout-à-fait incomplètes. Si nous n’avions pas eu le bonheur d’engager à notre service deux Indiens intelligens, dont les cartes informes étaient tracées sur l’écorce des arbres, nous aurions perdu tout notre temps à couper des communications à travers des forêts impénétrables. »

Ces difficultés topographiques n’empêchèrent cependant pas les commissaires anglais d’arriver à une conclusion entièrement conforme aux prétentions de leur gouvernement, et ils terminaient leur rapport en disant : « Nous espérons avoir prouvé que la Grande-Bretagne a un titre clair et inaliénable, par droit et par possession, à la totalité du territoire en litige ; bien que ce titre ait été obscurci par des traditions compliquées, et par l’indifférence que pouvait inspirer une contrée déserte et éloignée de la métropole. »

Au même moment, les commissaires nommés par les États-Unis arrivaient à une conclusion semblable en faveur des prétentions de leur gouvernement, de sorte qu’après tant de recherches et d’efforts faits pour arriver à un compromis, la question se retrouvait intacte et entière en 1840 comme en 1783.

En faisant ce résumé succinct des négociations échangées pendant soixante ans entre les deux gouvernemens, nous avons cru inutile d’entrer dans des détails géographiques qui ne pouvaient avoir aucun intérêt. Il était bien clair que, tant que les négociateurs persisteraient à prendre pourpoint de départ le traité de 1783, ils ne pouvaient arriver à aucune solution, puisque la ligne limitrophe tracée par ce traité était purement imaginaire. Il n’y avait donc d’issue possible que par une transaction. Le gouvernement anglais avait renouvelé à plusieurs reprises ses ouvertures ; mais le gouvernement des États-Unis, ou, pour mieux dire, l’état du Maine, se maintenait avec obstination dans la lettre du traité, parce qu’il savait que chaque nouveau délai tournait à son avantage et au détriment de l’Angleterre. Ce pays désert, qu’avaient exploré les commissaires anglais, ne formait qu’une faible portion du terri-