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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/321

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pour vous enrichir avec ses ports, la montagne au dos (à las espaldas) pour vous couvrir de ses aspérités ; à droite et à gauche, les deux plus grandes puissances de l’Europe, pour vous fortifier par leur opposition. Que vous manque-t-il, Catalans, sinon la volonté ? N’êtes vous pas les descendans de ces hommes fameux qui, après avoir arrêté l’orgueil de Rome, ont été le fléau des conquérans africains ? Ne gardez-vous pas quelques restes du sang de vos ancêtres ? de cette poignée de héros qui dompta la Grèce pour venger les injures de l’empire d’Orient, et qui, après l’ingratitude des Paléologues, osa donner des lois à Athènes pour la seconde fois ? Etes-vous changés ? Non, vous êtes les mêmes, j’en suis sûr ; vous ne tarderez à le paraître qu’autant que la fortune tarderait à vous en fournir l’occasion. Mais quelle plus juste occasion attendriez-vous, que l’affranchissement de votre patrie ? Vous avez vengé les injures de l’étranger, et vous ne vengeriez pas les vôtres ? Voyez les Suisses, ce peuple obscur, de mœurs grossières et de religion incertaine : il s’est lassé de vivre à l’ombre du diadème impérial, et aujourd’hui les plus grands princes sollicitent et achètent son appui. Voyez les Provinces-Unies : elles n’avaient pas une aussi belle cause que vous, et la fortune leur a donné la main pour les conduire à l’indépendance !

« Si ces exemples ne vous touchent pas, remuez donc quelqu’une des pierres de cette cité, et elle vous racontera la résistance que ces murs opposèrent à Jean II d’Aragon, jusqu’à ce que, capitulant à notre discrétion sous les yeux du monde, il entra en vaincu dans Barcelone, où nous le reçûmes en triomphateurs. Est-ce enfin la grandeur du roi catholique qui vous arrête ? Regardez-la de près, et vous cesserez de la craindre… Depuis combien d’années la voyez-vous baisser, cette formidable puissance ! Certes nous pouvons dire, à la vue de ses ruines, que sa grandeur se mesure plus par ce qu’elle a perdu que par ce qu’elle a possédé. Voulez-vous compter ce que, chaque jour lui enlève ? Des villes, vous en trouverez bon nombre en Flandre et en Lombardie détachées de son obéissance ; des contrées, demandez-les aux deux Indes ; des armées, la mer et le feu vous eu rendront compte ; des capitaines, la mort ou la lassitude vous répondront. »

Ce fier langage, il ne faut pas l’oublier, date du milieu du XVIIe siécle. Il prouve que l’énergie des ames n’était pas encore tout-à-fait éteinte en Espagne cinquante ans après Philippe II. De pareils traits abondent dans Melo. Ce qu’ils peuvent avoir de contradictoire, au premier abord, avec la description de l’émeute de Barcelone, dispa-