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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/316

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« Cependant arriva le jour où l’église catholique célèbre la fête du saint sacrement de l’autel ; c’était, cette année-là, le 7 juin. L’affluence des moissonneurs qui entraient en ville dura toute la matinée. Il en vint près de deux mille qui, réunis à ceux des jours précédens, formaient un total de plus de deux mille cinq cents hommes, dont plusieurs avaient d’affreux antécédens. Beaucoup avaient ajouté, dit-on, des armes nouvelles à leurs armes ordinaires, comme s’ils avaient été convoqués pour quelque grand dessein. Ils se répandaient en entrant dans toute la ville ; on les voyait se réunir par groupes bruyans dans les rues et sur les places. Dans chacun de ces groupes, il n’était question que des querelles du roi et de la province, de la violence du vice-roi, de l’emprisonnement du député et des conseillers, des, tentatives de la Castille et de la licence des soldats. Puis, frémissans de colère, ils marchaient en silence çà et là, leur fureur comprimée ne cherchant qu’une occasion pour éclater. Dans leur impatience, s’ils rencontraient quelque Castillan, ils le regardaient avec moquerie et insulte, quel que fût son rang, pour l’amener à un éclat. Enfin, il n’y avait aucune de leurs démonstrations qui ne présageât une catastrophe.

« En ce temps-là se trouvaient à Barcelone, attendant la nouvelle campagne, un grand nombre de capitaines et officiers de l’armée, et autres serviteurs du roi catholique, que la guerre de France avait appelés en Catalogne ; ils étaient vus en général avec déplaisir parles, habitans. Les plus attachés au roi, avertis par le passé, mesuraient leurs démarches ; les libres allures de la soldatesque étaient suspendues. Déjà plusieurs personnages de rang et de qualité avaient reçu des affronts que l’ombre de la nuit ou la crainte avaient tenus cachés. Les symptômes d’une rupture devenaient de plus en plus nombreux. Il y eut des maîtres de maison qui, s’apitoyant sur leurs hôtes, leur conseillèrent bien à l’avance de se retirer en Castille ; d’autres qui, dans l’emportement de leur rage, les menaçaient, à la moindre occasion, du jour de la vengeance publique. Ces avertissemens décidèrent un grand nombre d’entre eux, que leur emploi obligeait à accompagner le vice-roi, à se dire malades et dans l’impossibilité de le suivre ; d’autres, dédaignant ou ignorant le danger, allèrent au-devant.

« L’émeute s’était bientôt déclarée sur tous les points. Bourgeois et campagnards couraient en désordre. Les Castillans, terrifiés, se cachaient dans les lieux secrets, ou se confiaient à la fidélité suspecte des habitans, qu’ils tâchaient d’émouvoir, ceux-ci par la pitié, ceux-là par l’adresse, d’autres par l’or. La force publique accourut pour