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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/31

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Quelques jours après, en revenant de la promenade, Ernest dit à sa mère :

— Maman, j’ai retrouvé le petit aux fauvettes, il m’a donné des cerises ; je lui ai dit de venir en manger de plus grosses dans notre jardin ; il m’a dit que sa maman ne voudrait pas. Il a l’air d’en avoir très peur.

— « Eh bien ! demande-lui, ai-je dit.

— « Oh ! elle ne voudra pas.

— « Si je lui demandais…

— « Dame ! essaie. »

— Je me suis approché de la dame, mais elle a l’air si sévère, que je n’ai pas osé ; j’ai dit à Lilie d’y aller, mais elle n’a pas voulu, elle m’a dit que j’étais le plus grand. Enfin j’ai dit : Madame, voulez-vous permettre à votre petit de venir jouer avec nous à la maison ?

— « Et qui êtes-vous, mon petit ami ? où demeurez-vous ? »

— Je ne sais pas pourquoi, maman, mais cette dame me disait : mon petit ami, et j’avais envie de pleurer comme si elle m’avait grondé. Alors ma bonne lui a parlé, lui a appris ton nom, et elle a dit que son petit viendrait demain pour jouer après déjeuner.

Le lendemain, en effet, le petit Seeburg fut amené par sa mère jusqu’à la porte de M. Morsy. C’était un enfant d’une extrême timidité. Lorsqu’arriva l’heure à laquelle sa mère lui avait ordonné de rentrer, il dit à Mme Morsy en rougissant beaucoup : — Madame, voulez-vous me faire reconduire chez nous ?

— Mais, dit Ernest, attends que la partie soit finie.

— Oh ! non, il est l’heure.

— Ça n’est pas pour cinq minutes…

— Si… Maman me gronderait.

— Elle est donc bien méchante, ta maman ?

— Ernest ! dit Mme Morsy, taisez-vous ; vous êtes un gâté ; vous devriez faire comme ce petit garçon, qui est très sage et très obéissant. Adieu, mon petit ami, lui dit-elle. Venez jouer avec Ernest quand vous voudrez.

À quelques jours de là, Ernest tomba, en jouant, dans une pièce d’eau. Paul Seeburg, qui était un peu plus grand que lui, s’y jeta après et le remit sur ses pieds. Tous deux en avaient à peu près jusqu’au col. Pendant ce temps, la petite Cornélie criait comme un paon. On vint à leur secours, et on retira les deux enfans. On coucha Ernest, qui tremblait de peur et de froid : Paul se prit à pleurer.

— Qu’as-tu, petit Paul ?