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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/307

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des Catalans ; ceux-ci traversèrent et dévastèrent alors en tout sens l’empire d’Orient, qu’ils étaient vénus sauver, et, après- avoir répandu partout la terreur, finirent par s’emparer du duché d’Athènes. Telle est la nouvelle campagne des dix mille, dont Moncada s’est fait le Xénophon, quatre siècles après, en donnant à son récit ce titre pittoresque : Expédition des Catalans et des Aragonais contre les Turcs et les Grecs.

Don Francisco de Moncada, troisième marquis d’Aitona et comte d’Osuna, naquit à Valence en 1586, dix ans environ après la mort de Mendoza. Son grand-père, le premier marquis d’Aitona, était alors viœ-roi du royaume de Valence, et son père vice-roi de Cerdagne et d’Aragon, et ambassadeur à la cour de Rome. Cette grande maison de Moncada est une des gloires de l’Aragon, comme celle de Mendoza est l’honneur de la Castille. Elle. a eu des branches en Sicile et en France, en Sicile par les ducs de Montalte et les princes de Paterna, en France par les vicomtes de Béarn et les comtes de Foix, d’où sont sortis les rois de Navarre. Don Francisco, l’historien, fut ambassadeur d’Espagne auprès de l’empereur Ferdinand II, et plus tard gouverneur des états de Flandres pour Philippe IV, et généralissime de ses armées. Il mourut dans la province de Clèves, en 1635, à l’âge de quarante-neuf ans. Son fils, don Guillen Ramon de Moncada, qui lui succéda dans ses charges et dignités, fut vice-roi de Galice et un des régens du royaume pendant la minorité du roi Charles II.

L’Histoire de l’expédition des Catalans et des Aragonais, écrite un demi-siècle après celle de Mendoza, parut à peu près en même temps. Elle fut imprimée pour la première fois à Barcelone, en 1623. L’auteur avait alors trente-sept ans ; il la dédia à don Juan de Moncada, archevêque de Tarragone, son oncle. Malgré le haut rang de l’écrivain et le mérite éminent de l’œuvre, la négligence des Espagnols pour leurs richesses littéraires commençait à devenir si grande, que l’histoire de Moncada ne tarda pas à tomber dans un profond oubli. Depuis cette année 1623, où elle vit le jour, jusqu’en 1805, elle ne fut pas une seule fois réimprimée.

Il serait difficile cependant de trouver à la fois un sujet plus intéressant et un plus parfait modèle de narration historique. Moncada a beaucoup moins d’éclat que Mendoza, mais il a plus de charme. Il est toujours clair et attachant. Son livre n’est pas sans quelque rapport, pour l’élégance sobre, naturelle et facile du récit, avec l’Histoire de Charles XII de Voltaire, ce chef-d’œuvre de prose française. Mal-