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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/305

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héréditaires dans la maison de Mendoza ; il n’avait eu qu’à se souvenir des traditions paternelles. Cette disposition sévère et juste perce déjà dans le début, tel que nous l’avons traduit ; elle reparaît à toutes les pages, et au travers des ménagemens dont la couvre la loyauté du Castillan et du vieux chrétien.

Puis, en examinant de prés les motifs de cette impartialité, on ne la trouve pas complètement exempte de considérations personnelles. Miendoza était en disgrace au moment où il écrivait, partant peu en=clin à approuver ce qui s’était fait sans sa participation. Il avait servi l’empereur Charles-Quint, c’est tout dire. On sait quelle lutte sourde s’établit, pendant toute la vie de Philippe II, entre les actes du roi régnant et les souvenirs de son père. Plus Philippe essayait de lutter contre cette grande mémoire, plus elle pesait sur lui. Mendoza ne laisse pas échapper une seule occasion de nommer Charles-Quint avec emphase. Il l’appelle l’invincible, le jamais vaincu ; et nunca vencido emperador don Carlos. On voit qu’il compare avec un plaisir secret les embarras que donnèrent à Philippe II quelques Maures révoltés dans un coin de l’Espagne, avec les grandes affaires qui remplirent la vie tout européenne de l’empereur ; d’un côté, une rébellion de bandits, une conjuration d’esclaves, un tumulte de manans ; de l’autre, de grandes guerres, des prises et désolations de cités populeuses, de rois vaincus et pris, etc. Enfin il trouve que les préparatifs ont été mal faits, que les commencemens ont été négligés, que la guerre a été mal menée, jusqu’à ce qu’intervienne le rival de Philippe II, le héros futur de Lépante, don Juan d’Autriche, ce prince victorieux dont les soldats disaient, quand il les guidait au combat : Celui-là est le véritable fils de l’empereur ! Este es verdadero hijo del emperador !

Mendoza, comme on voit, n’est pas seulement un rhéteur, c’est un homme. Ce mélange de passions, qui le rend impartial, n’est pas moins curieux à étudier que ses artifices de composition et de style. Il reste lui-même en imitant. Son éloquence n’est pas toute d’emprunt ; elle sort aussi du fond de son ame. Il revêt de formes antiques des pensées et des sentimens personnels. Maintenant, qu’on l’accuse d’être maniéré, pénible, quelquefois obscur, qu’on dise même qu’il n’a pas tiré de son sujet tout le parti qu’il en pouvait tirer, à son point de vue, et qu’il est quelquefois plus guindé que ; profond, plus méticuleux que véritablement politique : ces reproches seront fondés. Ce n’est pas un homme de génie ; il n’a pas réussi dans tout ce qu’il a tenté. Pour la forme, il manque de fondu et de naturel ; pour la connaissance des hommes, le jugement, la pénétration,