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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/28

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— Qui va là ?

— Je voudrais parler au maître de la maison.

Alors un grand garçon sortit et dit :

— Le maître de la maison est malade. Qu’est-ce que vous lui voulez ?

— Monsieur, répondit Seeburg…

— Je ne suis pas un monsieur, je m’appelle Pierre.

— Eh bien ! Pierre, voilà ce que je veux, ce que je voudrais demander à votre maître et ce que je puis tout aussi bien vous demander à vous. Il y a sur le toit de votre maison des iris en fleurs, et j’en voudrais quelques-uns.

— Tiens ! et pourquoi faire ?

Seeburg rougit de colère, mais il se rappela qu’il avait intérêt à ne pas se fâcher avec le manant. Il répondit doucement :

— J’en ai besoin, je vous récompenserai.

À ce moment, une voix du dedans appela Pierre.

— Tenez, dit Pierre, c’est notre maître ; je vais lui demander s’il veut bien que je vous donne des iris.

Il fut quelques instans sans revenir. Pendant ce temps, Seeburg regardait la place où il avait rencontré Mlle Morsy. Le valet de la ferme revint et dit :

— Monsieur, je suis bien fâché, mais notre maître ne veut pas qu’on monte sur son toit.

— Mais lui avez-vous dit que je paierais ?

— Il dit qu’il n’a pas besoin de votre argent et qu’il ne veut pas.

— Mais vous, est-ce que vous ne pourriez pas ?

— Il n’y a pas moyen : il couche sous le toit, et, comme il ne dort pas, il entend le moindre mouvement.

— Je vous donnerai dix francs.

— Ça ne se peut pas.

— Je vous en donnerai vingt.

— Vous m’en donneriez cent, ça serait tout de même ; ça ne se peut pas, il me chasserait.

Seeburg resta accablé, il cherchait dans son esprit une meilleure raison à donner à maître Pierre, il n’en trouvait pas.

— Monsieur, dit Pierre, je n’ai pas le temps de m’amuser plus long-temps. — Il rentra et ferma la porte.

Seeburg s’en alla tristement ; mais le soir, vers neuf heures, comme il faisait sombre, le maître de Pierre qui se retournait sans cesse dans son lit sans pouvoir dormir, s’écria :