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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/265

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curiosité du penseur et de l’érudit ; mais ne serait-il pas juste de dire que cette grande ère, où tout commence et où rien ne s’achève, attire encore plutôt nos regards par je ne sais quelles analogies de sentimens, par je ne sais quels rapports de situation ? Prenons garde que la nature humaine est permanente à travers les événemens éternellement mobiles. Devant le mystère de sa destinée, l’homme se pose toujours les mêmes problèmes, et l’histoire au fond n’est autre chose que la diversité des solutions qu’il émet.

Il y a donc des lois de continuité, de solidarité, si l’on peut dire, entre les phases diverses, entre les périodes importantes du développement de l’histoire : ce que nous sommes par exemple, ce que nous faisons, ce que nous désirons même, me semble avoir plus particulièrement sa raison d’être dans le XVIe siècle. Nos origines sociales et intellectuelles sont là ; c’est une généalogie qu’il faut reconnaître. Heureusement, si le spectacle des agitations et des inquiétudes d’alors nous trouble et nous frappe, en nous faisant rejeter les yeux sur les impatiences pareilles et les doutes qui sont dans le cœur de chacun de nous et au sein de la société présente, on peut aussi, on peut, en revanche, trouver dans cette étude quelques consolations et beaucoup d’espérances. N’ayons pas seulement les regards sur la mêlée, sur les dangers du champ de bataille, et, puisque nous en sommes aux analogies, considérons aussi le dénouement ; voyons où ont abouti dans le passé, où peuvent aboutir dans l’avenir ces voies périlleuses et difficiles. Pour nous tenir à notre pays même, des résultats puissans n’ont-ils pas couronné les longs conflits historiques auxquels la France a été en proie durant le XVIe siècle ? N’est-elle pas à la fin sortie de ces luttes avec l’unité sociale ? n’en est-elle pas sortie surtout avec une conquête qui ne périra plus, la souveraineté de l’esprit public ? Oui, en religion, en politique, en littérature, l’épreuve lui a été profitable, elle s’est dégagée à jamais des entraves du passé. Contre les impuissantes prétentions de la théocratie, elle a affermi l’église gallicane ; contre les traditions du fédéralisme féodal, elle a trouvé l’unité, la centralisation, à l’aide de l’accroissement monarchique ; enfin, aux traditions barbares, mais originales des littératures du moyen-âge, elle a mêlé ce qui les devait polir et corriger, le culte de la renaissance pour l’antiquité.

Une sympathie singulière, quelque chose de fraternel, si l’on peut ainsi parler, rapproche donc le XIXe siècle du XVIe, et quoiqu’il se soit produit entre ces deux ères bien des grands hommes, bien de grands évènemens, en un mot, bien des choses qui comptent en histoire, quoiqu’il faille, pour les joindre, passer par-dessus Mirabeau, Voltaire et Louis XIV, on peut dire que, dans le bien comme dans le mal, ces deux époques s’appellent, et que, si l’une est l’antécédent, l’autre est assurément la conséquence. A ne considérer que le mal, il est évident que ce qui a manqué aussi au siècle de Calvin et de Montaigne, c’est la patience, c’est un sentiment des devoirs égal au sentiment des droits, c’est le respect de la tradition tempérant le besoin du progrès. L’humanité, par malheur, est ainsi faite ; elle semble prendre tour à tour