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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/257

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tout était arrangé à sa fantaisie ; on pouvait avoir oublié bien des choses, on avait eu si peu de temps.

On part, on arrive. Deux bateaux sont sur la rive ; mais dans aucun des deux hommes qui les mènent on ne reconnaît Louis. Arolise respire plus librement ; elle avait peur de ses regards. Mélanie se sentit également soulagée, car elle avait pris une grande résolution, et elle se trouvait presque heureuse de ne pas pouvoir l’exécuter, tant elle était tremblante. Elle avait écrit à Louis, et elle s’était, après mille incertitudes, juré à elle-même qu’elle lui remettrait la lettre. On entre dans l’île : la décoration est parfaitement entendue ; mais le repas, tout splendide qu’il est, est mal arrangé. Il y a aussi quelque chose à refaire à la salle de verdure où on doit danser. Du Bois l’espérait bien.

— Allons, vous voyez, dit-il, que j’ai bien fait de vous amener.

— Mais je ne pourrai rien changer, il faut que nous partions.

— Non, restez. Mlle Mélanie prendra ma voiture et amènera votre monde, que vous recevrez ici.

— Heureusement que je suis habillée.

Mélanie ne demande pas mieux ; elle irait au bout du monde, pourvu qu’elle puisse retraverser la rivière et retrouver une chance de voir Louis. Son courage lui est revenu avec les obstacles.

Arolise et du Bois la conduisent au bateau. Point de Louis. Elle monte dans la voiture ; mais, au moment de donner les ordres que demande le laquais, elle songe qu’il est de bonne heure, qu’elle a le temps d’aller voir l’enfant sauvé par Louis. Peut-être le rencontrera-t-elle ; puis la mère lui parlera de Louis, et… si elle l’osait… Pourquoi pas ? il n’y a rien de si simple. Elle peut prier cette femme de remettre la lettre au pêcheur.

La mère et l’enfant la reçoivent avec joie. Naturellement on vient à parler du pêcheur. — Ma bonne, dit Mélanie en tremblant, vous le voyez souvent ; faites-moi le plaisir de lui donner cette lettre : c’est une commission que… quelqu’un… m’a donnée pour lui.

— Très volontiers, ma chère demoiselle.

Elle prend la lettre et la met sur le dressoir en bois où elle place sa vaisselle.

— Si vous restiez un peu, vous le verriez sans doute, car je l’ai aperçu de loin ce matin sur la rivière, et il ne tardera pas à repasser devant nous.

— Non, ce serait impossible ; je n’ai pas le temps, je suis déjà en retard.