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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/253

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Mélanie. — Et Louis ?

Arolise. — Louis ?… je vais lui envoyer une dizaine de napoléons dans une bourse ; ce sera une bonne fortune qui lui fera vite oublier celle à laquelle il a cru pouvoir prétendre.

Mélanie. — Mais M. de Wierstein, ma tante ?

Arolise. — Pour celui-là, je puis te le dire, je le crois amoureux de moi.

Mélanie. — Je le crois aussi ; mais qu’en ferez-vous ?

Arolise. — Je n’aurais aucun éloignement pour m’appeler Mme de Wierstein et devenir la maîtresse d’une immense fortune.

Mélanie. — N’êtes-vous donc pas assez riche, ma tante ?

Arolise. — Tu ne t’en trouveras pas plus mal non plus, et ta dot s’en ressentira. M. de Lieben…

Mélanie. — Vous savez bien, ma tante, que celui-là aussi est amoureux de vous.

On annonça M. de Wierstein.

Du Bois fut ce qu’il avait été la nuit précédente ; il parla de sa loge aux Italiens, de ses chevaux, de ses gens. Arolise le trouva spirituel ; elle lui annonça qu’elle retournait à la ville dès le lendemain, que ce déplacement était nécessité par la santé de sa parente, qui ne s’accommodait pas du séjour de la campagne. Mélanie, malgré l’habitude qu’elle avait prise depuis long-temps de voir ainsi sa tante abuser d’elle, fut un peu étonnée de l’intervention de sa santé, qui était excellente. Du Bois admira beaucoup le dévouement d’Arolise ; il offrit de reconduire ces dames à la ville. Mme de Liriau se fit un peu prier et accepta.

Lorsque du Bois fut parti, Mélanie reparla du batelier, et dit à sa tante : À votre place, je n’oserais pas lui donner de l’argent.

— Et que veux-tu que je lui donne ?

— Ah ! s’il n’était pas batelier… dit Mélanie en soupirant.

Après dîner, elle sortit, descendit au jardin, puis, songeant qu’elle partait le lendemain, qu’elle ne reverrait peut-être jamais les lieux qui avaient pour elle un charme dont elle n’osait pas même se demander la raison, elle alla se promener sur le bord de la rivière en se donnant pour prétexte qu’elle voulait laisser un souvenir à l’enfant que Louis avait retiré de l’eau.

Le soleil se couchait ; il n’avait pas les somptueuses teintes de pourpre dont il colore souvent les nuages ; le ciel était pur, et, à la place que venait de quitter le soleil, il était d’une couleur de feu jaune. Cette teinte était reflétée par l’eau que ridait un vent léger. Naturellement