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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/252

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Louis ne répondit pas.

— Mais, ajouta du Bois, comment me feras-tu épouser Mme de Liriau ? Si, comme tu le supposes peu obligeamment, la raison qui lui inspire quelque bienveillance pour moi est l’erreur qui lui fait croire que ton nom et ta fortune m’appartiennent, il viendra bien un moment où il faudra me dépouiller de ce prestige, et alors…

Louis. — Je me charge de cela ; tu me laisseras faire, et Mme de Liriau sera à toi avec sa fortune.

Du Bois. — Pourvu toutefois que M. de Lieben ne me voie pas ; il me connaît parfaitement, et il dévoilerait tout.

Louis. — Sois tranquille. En attendant, fais ta visite aujourd’hui ; prends ma voiture et mes chevaux gris, va voir ces dames vers quatre heures de l’après-midi.

Une heure avant la visite de du Bois, Arolise reçut une lettre de Louis. Louis, jouant toujours le rôle du pêcheur, lui parlait avec le plus profond respect. Jamais il n’oserait concevoir la possibilité d’un retour de la part de Mme de Liriau ; mais il lui demandait la permission de l’admirer comme il admirait la lune au ciel, de l’aimer comme il aimait les parfums du soir. Il ne demandait rien, et il se donnait tout entier.

Arolise fut embarrassée de cette lettre ; elle la montra à Mélanie. Mélanie ne put s’empêcher de remarquer avec quelle délicatesse Louis ne parlait pas des encouragemens que lui avait donnés Arolise, de ses regards auxquels elle avait laissé tout promettre.

— J’ai été dupe, dit Arolise, d’un quiproquo ridicule ; certains détails que tu as remarqués comme moi, une sorte de distinction naturelle que possède ce garçon, et, plus que tout, les confidences de M. de Lieben, qui a la manie de faire le bien informe, tout m’avait persuadé que le pêcheur Louis n’était autre que M. de Wierstein, et… tu as raison… je l’avoue, j’ai été un peu coquette. Nous n’avons pas tardé à être désabusées, et maintenant je ne sais plus comment me tirer de mon imprudence ; il faut croire que je l’ai encouragé plus même que je n’en avais l’intention quand je le croyais M. de Wierstein, puisqu’il a osé m’écrire.

— Que ferez-vous donc, ma tante ?

— Je ne sais… Cependant je ne puis demeurer plus long-temps dans cette fausse position.

Arolise fut quelque temps pensive, puis elle dit :

— Il n’y a qu’un parti à prendre. Demain, nous retournerons à la ville.