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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/241

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s’était éloigné pour donner quelques ordres. Mme de Liriau dit à sa nièce :

— Heureuse la femme qui sera reine de ce séjour enchanté ! Quelle charmante retraite !

— Oui, pensa Mélanie, quelle charmante retraite pour y aimer un autre !

Il se passa plusieurs heures avec une effrayante rapidité. Mélanie en avertit Mme de Liriau, qui écoutait les complimens du maître de l’île avec une bienveillance marquée. Arolise manifesta l’intention de se retirer.

— Monsieur de Wierstein, dit-elle, vous nous avez fait passer une soirée ou plutôt une nuit charmante.

— Et vous, madame, dit-il, vous avez gâté à tout jamais une solitude et une retraite chérie.

— Vous plaisantez.

— Non ; tout ce que j’aimais ici n’était qu’un cadre ; ce sera surtout un cadre vide, maintenant qu’il a été rempli d’une manière si charmante.

Il était plus de deux heures après minuit quand on finit par abandonner l’île de M. de Wierstein. Il reconduisit Mélanie et sa tante jusqu’au bateau qui les avait amenées. Par son ordre, le bateau était tout pavoisé de lanternes vertes. Louis se tenait debout, silencieux et pensif. — Voulez-vous me permettre de vous reconduire ? demanda l’étranger.

— Pourquoi ? répondit Arolise, nous avons le batelier.

— Mais, dit M. de Wierstein, ce n’est pas pour ramer que je veux aller avec vous.

— Merci ; il est tard, restez chez vous.

— Je n’y reste pas, je retourne à la ville ; j’ai donné ordre qu’on m’attendît avec mes chevaux en face de l’île Richard. Si vous refusez de m’emmener jusque-là, je serai fort embarrassé.

— Venez donc, puisqu’il en est ainsi.

Il entra dans le bateau et s’assit à côté d’Arolise. Mélanie se dérangea et se mit sur un autre banc. L’étranger parlait bas à Mme de Liriau, qui ne jeta pas un seul regard sur Louis. Pour Mélanie, elle lui adressa trois ou quatre questions insignifiantes d’un ton doux et bienveillant. Louis, triste et préoccupé, lui répondit à peine.

Aussitôt qu’on eut quitté la rive, un second bateau s’en détacha à son tour, et, faisant force de rames, ne tarda pas à précéder le premier à une assez longue distance. Il était illuminé avec des lanternes