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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/239

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Alors M. de Lieben comprit qu’il était dans une situation analogue sous certains rapports à celle de Robinson Crusoé, mais beaucoup plus triste sous un autre, en cela qu’elle était ridicule.

N’ayant aucun moyen de l’en tirer pour le moment, nous le laisserons continuer ses tours et exhaler sa colère en imprécations variées. Retournons auprès de Mélanie et de sa tante.


XXIV.


À cette voix qui criait : — Qui va là ? et qui êtes-vous ? — les deux femmes, saisies de frayeur, s’étaient rejetées dans l’allée sombre, ou elles se tenaient immobiles, pressées l’une contre l’autre. Louis, qui se tenait derrière elles, se trouva alors devant et parfaitement éclairé. La personne qui avait parlé était un homme jeune et d’une figure agréable, quoique empreinte en ce moment de sévérité et de colère. Sa mise était riche plutôt que distinguée.

— Qui vous a permis de venir ici ? demanda-t-il à Louis d’un ton impérieux. Ne puis-je être tranquille chez moi sans que tout le monde s’y introduise ? Trop heureux encore si ce n’est qu’une sotte curiosité qui vous amène, et si l’heure de votre entrée clandestine dans ma propriété ne cache pas de plus mauvais desseins !

Mélanie, traînant sa tante après elle, sortit de la retraite que leur donnaient les arbres, et se montra pour ne pas laisser planer plus long-temps sur Louis un soupçon aussi offensant. Arolise prit la parole et dit :

— C’est sans doute à monsieur de Wierstein…

L’étranger salua poliment et dit :

— Oui, madame.

— Eh bien ! monsieur, dit Arolise, il n’y a de coupable que moi ; j’ai forcé ce pauvre garçon de nous amener ici malgré sa répugnance. Nous allons nous retirer.

— Oh ! oui, ma tante, partons, dit tout bas Mélanie.

Puis, se rapprochant de Louis, qui restait immobile et les bras croisés :

— Mon pauvre Louis, combien je suis fâchée que nous vous causions ce désagrément !

— Madame, dit l’étranger, je n’imposerai qu’une seule punition à votre curiosité : c’est que vous me permettiez de vous faire voir moi-même ce que vous êtes venues chercher. Vous voilà exposées aux