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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/236

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— Nous voici arrivés, dit Louis en dirigeant son bateau vers un bras de la rivière qui entourait en murmurant une île qui semblait une haute et épaisse forêt de saules et de peupliers noirs pleins d’étoiles. Louis chercha quelque temps un endroit commode pour aborder, amarra son bateau à un saule, et aida ses passagères à descendre sur l’herbe. Il serra doucement la main d’Arolise, et crut sentir qu’elle répondait à cette pression. — Ô mon Dieu ! pensa-t-il, pourvu que je ne me trompe pas !

— Maintenant, dit-il, suivez-moi.

Tous les trois se glissèrent à travers les saules, et s’arrêtèrent tout à coup surpris d’un spectacle inattendu. Cette forêt touffue, inculte, n’était qu’une ceinture, qu’un rideau qui enfermait le plus magnifique parc du monde : des allées sablées se perdaient sous des masses de verdure ; une musique délicieuse se faisait entendre sans qu’il fût possible de voir d’où elle venait ; de place en place, un arbre était chargé de lanternes allumées, les unes rouges, les autres vertes, bleues ou jaunes : on eût dit de grandes fleurs lumineuses. Des lampions cachés éclairaient à terre une confusion de fleurs de toutes sortes ; c’étaient des gazons de roses, des taillis de tubéreuses qui embaumaient l’air. En passant sous des voûtes de verdure, on reconnaissait à l’odeur qu’on était dans des jasmins et dans des chèvrefeuilles. C’était un enchantement, une féerie. Arolise et Mélanie, se tenant par le bras, ne se communiquaient leur surprise que par des pressions silencieuses. La musique se tut, et l’on entendit de loin deux trompes de chasse qui se répondaient, échangeaient ou jouaient ensemble de solennelles fanfares.

Arolise et Mélanie s’arrêtaient de temps en temps, puis faisaient quelques pas ; alors elles voyaient à leurs pieds les fleurs les plus rares, les plus belles, les plus parfumées ; tout était éclairé avec un art infini. Le dessous des arbres illuminés, tandis que le dessus formait des voûtes noires, produisait un effet contraire à celui du jour plein de mystère et de magie.

Tout à coup, comme ils sortaient d’une allée sombre, une voix se fit entendre qui dit : Qui va là ? et qui êtes-vous ?


XXIII.


Arolise et Mélanie avaient en ce moment si parfaitement oublié M. de Lieben, qu’il y a conscience à nous de nous souvenir de lui, et