Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/229

Cette page a été validée par deux contributeurs.


j’aime un homme comme M. de Lieben, et je n’ose m’avouer à moi-même que j’aime cet homme auquel la nature a prodigué tous ses trésors ?

Lorsque Louis l’apercevait de loin, il la saluait, mais sans jamais aborder de son côté.

Après quelque temps, Arolise se rappela la rivière et le batelier ; elle proposa une promenade sur l’eau à sa nièce. C’étaient de ces propositions qui équivalent à un ordre, et auxquelles Mélanie ne pouvait répondre qu’en mettant un châle et un chapeau. Elles se dirigèrent vers le bord de l’eau, et appelèrent le père Leleu. Louis causait avec lui sur l’autre rive. Il laissa cependant le père Leleu aller chercher les deux dames, et continua à fumer sa pipe ; mais, quand elles furent près de lui, il y avait sur son visage, à l’aspect d’Arolise, une joie qui n’échappa pas aux yeux de Mélanie.

Cette fois, ils dirigèrent leur promenade en remontant le courant. Arolise trouva que cette partie de la rivière n’était pas aussi jolie que celle qu’ils avaient visitée à leur première promenade. — Une autre fois, ajouta-t-elle, nous prendrons le même chemin, et nous irons plus loin ; aujourd’hui nous allons retourner à terre. M. de Lieben doit venir prendre le thé avec nous, et j’ai donné ordre chez moi qu’on l’envoyât auprès du père Leleu.

Louis obéit, ramena les dames devant la maison du batelier, les fit descendre et les salua ; puis, repoussant son bateau avec la gaffe, se laissa aller au courant.

M. de Lieben attendait déjà depuis quelque temps ; mais la soirée était si belle, qu’Arolise proposa de se promener encore un peu dans l’île. Mélanie pria qu’on la laissât se reposer un peu dans la cabane du passeur. Elle était navrée ; toutes les attentions, tous les regards du pêcheur étaient pour sa tante ; elle aimait un homme d’une condition aussi inférieure à la sienne, et elle n’était pas aimée de lui. Cet amour qui froissait tout son orgueil était dédaigné ; de grosses larmes roulaient dans ses yeux.

M. de Lieben et Arolise revinrent la prendre presque aussitôt. Arolise, n’étant pas accompagnée de sa nièce, avait borné la promenade à quelques pas, sur la partie découverte de la plage.

Mélanie n’entendit que la fin de la conversation.

M. de Lieben. — M. de Wierstein possède une des plus belles fortunes de France.

Mme de Liriau. — Ce que vous me dites là m’étonne on ne peut plus, et d’ailleurs n’est guère probable ; mais je le saurai demain.