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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/222

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porté avec lui. Il a dit qu’on pourrait me le voler à la maison, et d’ailleurs il dit qu’il reconnaîtra bien la personne qui l’a perdu, et qu’il veut le remettre lui-même.

— Sans doute, il a raison, il mérite une récompense, et il l’aura.

— Ma tante, dis-je, n’est-ce pas plutôt… j’allais dire pour éviter une erreur, mais je me retins, il n’y avait aucune raison pour que ce garçon ne fut pas enchanté d’une récompense que méritaient sa probité et le service qu’il rendait à ma tante.

— Voilà ce que Louis m’a dit, continua le bonhomme ; Vous demanderez à la personne qui viendra réclamer le bracelet quel jour et à quelle heure elle veut que je le lui apporte chez vous. Si c’est à vous qu’appartient cet affutiau, vous n’avez qu’à parler.

— Vous le reverrez donc ?

— Oh ! il passe par ici presque tous les jours pour aller relever ses nasses.

— Qu’est-ce que c’est que des nasses ?

— Des paniers pour prendre des anguilles.

— Il est donc pêcheur ?

— Oui, et un fin pêcheur.

— Ce n’est pas à lui ce bateau où vous êtes ?

— Non, c’est à moi, c’est moi qui suis le passeur. L’autre jour j’avais affaire à la ville, à cause d’un gredin de fils que j’ai, et Louis a eu l’obligeance de me remplacer pendant la journée.

— Où demeure-t-il ?

— Je n’en sais rien ; je sais seulement qu’il vient toujours par l’aval de la rivière ; je le connais parce qu’il est assez causant, et puis il me donne quelquefois du tabac. Ces dames veulent-elles passer dans l’île ?

— Non. Voici pour votre peine, nous reviendrons demain à sept heures du soir.

— C’est bien, madame, je le lui dirai.

« Nous retournâmes à la ville, et je songeai quelle différence il y avait entre le pêcheur de l’autre jour et le batelier d’aujourd’hui, à la manière dont tous deux avaient reçu l’argent du passage : le vieux avait allongé la main avec avidité, on aurait dit qu’il aurait voulu le saisir avec les yeux ; l’autre, au contraire, avait tendu la main dédaigneusement, sans regarder ce qu’on lui donnait.

« Il était de bonne heure, nous allâmes voir la maison, elle convint à ma tante, qui la loua en annonçant qu’elle se proposait de s’y installer peu de jours après. Le jardin est petit et assez laid, mais on