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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/204

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Vous l’écoutez de préférence à un ancien ami, dont le seul tort, souffrez que je vous le dise comme je le pense, est d’être devenu ministre.

MONSIEUR L.....

La chambre prononcera entre nous.

LE MINISTRE.

Eh bien ! soit ! puisque c’est là votre dernier mot. Elle prononcera sans doute ; elle est notre juge suprême, et j’accepte à l’avance sa décision, quand même elle me serait contraire. J’ai confiance dans les institutions de mon pays ; mais j’avoue que, lorsque je vois les hommes chargés de ses destinées, dominés, les uns par des intérêts personnels de l’ordre le plus bas, les autres par des préjugés respectables, mais aveugles, je ne puis m’empêcher de jeter sur l’avenir un regard inquiet et douloureux.

MONSIEUR L.....

Je me retire. J’avais prévu que cet entretien n’amènerait entre nous aucun rapprochement.

LE MINISTRE.

Pour moi, j’espérais mieux ; mais, adieu, et si jamais votre cœur éprouve un regret, vous me retrouverez toujours.

MONSIEUR L.....

J’attendrai que vous ne soyez plus ministre. (Il sort.)


SCENE XV.
LE MINISTRE, puis LE SECRÉTAIRE-GÉNÉRAL.
LE MINISTRE.

Esprit fier et digne, mais cœur sec. A quelles autopsies morales le pouvoir nous fait assister ! Mais ne perdons pas de temps. (Il ouvre la porte du cabinet particulier.) Monsieur le secrétaire-général !

LE SECRÉTAIRE-GÉNÉRAL.

Je reprends mon travail.... (Il lit.) M. de La Courtie demande à ouvrir un canal d’irrigation destiné à prendre les eaux de la rivière qui longe sa propriété.

LE MINISTRE.

L’avis du conseil d’état ?

LE SECRÉTAIRE-GÉNÉRAL.

Contraire.